Le point fondamental: la distinction Essence / personnalité (PARTIE 2: LA PERSONNALITE)

SUITE DE L’ARTICLE: “Le point fondamental: la distinction Essence / personnalité (PARTIE 1: L’ESSENCE)

Revenons à la personnalité :

Nos parents, nos premiers éducateurs, professeurs, par leurs injonctions et leur comportement, ainsi que la société dans son ensemble, nous amènent à créer de toute pièce une « personnalité ».

Cette personne-alitée est nécessaire. Elle sert d’une part à protéger l’Essence, mais elle sert également à créer un « terreau » favorable pour le développement ultérieur de l’Essence.

Sur le plan extérieur, l’Essence est passive, elle ne peut agir, intervenir dans le monde. Mais elle peut informer, guider, donner la direction. La personnalité, active, est là pour entendre cette guidance et actualiser dans le monde la voix de son Essence. « Que Ta volonté soit faite, et non la mienne » (Evangile de Luc, chapitre 22, verset 42).2

Sur la plan intérieur, c’est l’inverse : l’Essence est active et la personnalité passive, elle suit la direction émanée de l’Essence. Le problème est que cela est inversé : la personnalité reste active, et l’Essence totalement passive, c’est pourquoi on dit qu’elle est « endormie ».

Et c’est pourquoi on parle d’un « Eveil » possible. Sur un certain point, cet « Eveil » consiste, entre autres, à rendre l’Essence active et la personnalité passive.

On considère que l’Essence se développe jusqu’à l’âge de 5 à 6 ans en moyenne, parfois plus, parfois moins (surtout à l’époque actuelle avec la prédominance des écrans, la socialisation de plus en plus précoce en crèches, écoles maternelles etc.). Puis elle « s’endort ». La personnalité prend le relai.

C’est le symbole de la Belle au bois dormant, qui, arrivée à un certain âge, doit s’endormir en raison d’un sort qui lui est jeté, et des princesse endormies, qui attendent le prince qui les réveillera de leur torpeur par un baiser. Les noces du prince et de la princesse symbolise la réunification de la personnalité avec l’Essence qu’elle est censée réveiller, puis servir.

Loin d’être une invention, ce symbolisme révèle une situation bien réelle : l’assoupissement de notre Être profond. Notre « Essence ».

Le problème vient du fait que les conditions anormales d’existence et d’éducation nous amènent à oublier totalement ce que nous sommes pour nous identifier à un point du cercle sur lequel nous nous sommes fixés. Je reviendrai dans un article sur les quatre raisons majeures qui conditionnent cette perte totale de contact avec l’Essence, qui devient définitive et non plus provisoire. Sauf à entreprendre un travail d’un type très particulier.

Ce problème de la fixation dans une personnalité figée et mécanisée, coeur de l’enseignement proposé par Gurdjieff, est tout à fait explicité et développé par l’Ennéagramme des 9 types de « fixations ». Ce sera le sujet central de ce blog : comprendre les mécanismes des différents types, sous-type, ailes, etc., mais toujours à la lumière de cette rupture de contact avec l’Essence et des possibilités de reconnexion.

Suite à cette rupture avec notre être profond, notre vision du monde devient linéaire et fragmentaire. Alors que l’Essence a une vision ubiquitaire, globale, sphérique du monde.

D’après Gurdjieff, dans les sociétés primitives, l’Essence se développe, mais la personnalité est atrophiée.

Et toujours selon lui, chez nous, dans nos sociétés civilisées, l’Essence cesse son développement vers 5-6 ans. Je pense qu’avec les conditions actuelles d’existence, elle s’arrête parfois plus tôt (3-4 ans), selon l’environnement dans lequel grandit l’enfant.

Or pour une croissance intérieure, un équilibre est nécessaire, il est nécessaire de rééduquer l’essence par des pratiques particulières.

Le mot personnalité vient du mot latin persona qui signifie « masque ». Le « persona », terme latin dérivé de l’étrusque ou du grec ancien, désignait le masque de théâtre antique grec, qui était l’interface entre l’acteur, son rôle, et le public.

La personnalité est fausse c’est un masque et que l’on revêt pour paraître et interagir en société. Cela n’est pas un problème en soi. Le problème vient du fait que l’on se prend pour ce masque comme un acteur qui une fois la pièce finie, aurait oublié qu’il est l’acteur et se prend réellement pour le personnage interprété.

Imaginons en effet un homme, un acteur, qui s’habillerait en « Jules César » pour interpréter ce personnage dans une série de pièces, mais qui finirait par oublier totalement qu’il est Pierre, un acteur, qu’il a une femme et des enfants, qui l’attendent chez lui, et qui finirait par croire qu’il est réellement et entièrement « Jules César », restant bloqué dans la pièce et dans le rôle.

Ce serait dramatique pour certains, ou comique pour d’autres, mais c’est pourtant une allégorie de notre situation à tous.

Jouer un rôle parce qu’il le faut, oui, mais s’y perdre et y perdre notre identité profonde, c’est autre chose.

Certains ont endossé des rôles très joyeux, très actifs, d’autres des rôles plus dramatiques et difficiles. Mais tout cela reste un rôle.

L’homme est coupé de son Essence, perdu à la périphérie de lui-même, oublieux de son vrai « moi ». Jésus a dit : « le royaume des cieux est au-dedans de nous-mêmes ».

Et il pour y entrer, il faut redevenir “comme un petit enfant”: il faut retrouver le chemin de l’Essence.

” Le royaume de Dieu ne vient pas avec (des signes) à observer et on ne dira pas: ” Il est ici! ” ou: ” Il est là! ” car voici que le royaume de Dieu est au dedans de vous. »3

Isaac le Syrien énonçait :

« L’échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. Plonge en toi-même pour y découvrir ton péché : c’est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t’élever… : « Le Royaume des cieux est en vous. »4

De plus, la personnalité est multiple. L’homme est fragmenté, on parle d’un moi pluralisé : il n’y a pas un « moi », mais de multiples « moi » qui apparaissent et disparaissent au gré des circonstances, selon la pression des évènements extérieurs.

Par exemple , je me lève le matin sous l’influence d’un mauvais rêve, je suis de « mauvaise humeur » je me coupe en me rasant, je suis encore plus énervé et pense que c’est vraiment une mauvaise journée. Je me sens mal, je garde une trace de ce mauvais rêve. Je sors et je prends mon café à la terrasse d’un bistrot, une jolie fille ne cesse de me regarder et de me sourire, j’oublie complètement mon rêve et ma coupure du matin, je me sens revigoré et de bonne humeur.

J’arrive au travail, plein de bonnes dispositions, en sifflotant, mais je reçois une remarque désobligeante de mon supérieur, et à nouveau l’humeur maussade réapparaît.

Et c’est ainsi tout le reste de la journée, et tous les jours de notre vie ; l’homme est le jouet des circonstances extérieures.

Gurdjieff le compare à une machine qui réagit automatiquement aux conditions extérieures. Il n’a aucune liberté.

C’est en cela que les Traditions nous parlent d’une « Libération » possible.

Les enseignements initiatiques authentiques donnent la possibilité à l’homme de reconquérir sa liberté. Cette liberté est d’abord et avant tout intérieure.

1https://www.info-bible.org/legrand/4.9.htm

2https://saintebible.com/lsg/luke/22.htm

3https://bible.catholique.org/evangile-selon-saint-luc/3256-chapitre-17

4 Discours, 1ère série, n° 30 (trad. Tourraille, DDB 1981, p. 188 rev)

4 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *