La fixation dans un type : Comment ? Pourquoi ? (Partie 1 : L’identification au corps)

Pour mieux comprendre cet article, il est préférable d’avoir lu celui en deux parties sur :

« Le point fondamental : la distinction Essence / personnalité (Partie 1) »

« Le point fondamental : la distinction Essence / personnalité (Partie 2) »

Ceci étant effectué, vous comprendrez que tout le problème vient de la perte de contact avec notre Être, notre « Essence », ce que nous sommes au-delà de tout voile, et de l’identification totale et définitive avec notre « personnalité ».

Et pour Gurdjieff, la cause est à trouver dans les « conditions anormales d’éducation ». Comme je l’ai déjà exprimé, on ne peut pas séparer la théorie profonde de l’Ennéagramme de l’enseignement de ce maître du Caucase, surtout si on veut pénétrer réellement le sens et la profondeur de l’outil qu’il nous a légué.

Je vais me référer ici aux apports de la psychologie moderne, de la psychanalyse et surtout de la psychologie transpersonnelle qui vérifie expérimentalement ce que Gurdjieff avait expérimenté et enseigné.

En effet, cette compréhension a nettement avancé avec les travaux de Jung, de Reich, et autres « disciples » de Freud, de Maslow, jusqu’à Stanislav et Christina Grof ; avec les découvertes de la psychologie humaniste et des thérapies expérientielles, de thérapie pychédélique. Ces avancées ont permis de comprendre que notre psychisme est constitué d’une sorte de « carte » dont nous verrons les liens avec l’enseignement de Gurdjieff et de l’Enneagramme.

En premier lieu nous allons aborder le point crucial de notre identification, de notre « fixation » dans la personnalité, et donc dans un « type » : l’identification avec le corps. C’est un point inévitable, une modalité que l’on pourrait qualifier de « normale » étant donnée notre incarnation.

Puis nous étudierons succintement les autres conditions, anormales, auxquels Gurdjieff fait juste allusion, mais que la psychologie transpersonnelle a étudié en profondeur.

Enfin, nous aborderons les moyens de remédier ses conséquences néfastes, ou, pour employer le terme de Gurdjieff, funestes.

I) L’identification avec le corps

“Le corps est le tombeau de l’âme” d’après Platon. Nous verrons que cette affirmation est à nuancer

Notre moi véritable, d’après les traditions et les vérifications que l’on peut en faire, est sans limites, sans point d’ancrage. Il n’a pas de centre et n’a pas de périphérie.

Il est en totale fusion avec le monde, les autres, l’univers.

Grâce au corps, il peut s’individualiser.

A partir du moment où je m’incarne, mon esprit se retrouve circonscrit dans les limites de mon corps physique. Je sens mon corps et sa frontière : ma peau. Je me sens limité à l’espace physique occupé par mon corps.

Progressivement, par le jeu de la dualité, comme l’expérimentation du « plaisir » et du « déplaisir » par le nourrisson : la faim et la soif, puis la satisfaction de cette faim et de cette soif, dans un cycle infini, vont amener une identification au corps. Egalement la douleur et la disparition de la douleur ; le froid et le réchauffement, ou la forte chaleur et le refroidissement. La peur et la consolation par les bras aimants de la mère, etc.

L’esprit, qui vit dans l’unité, enfermé dans un corps, va expérimenter la dualité à travers ce corps, et va de plus en plus reconnaître ce qui est « lui », et ce qui n’est « pas lui », c’est-à-dire « l’autre ». Il va découvrir le sentiment de « séparation ». Moi et le monde.

Il va expérimenter la séparation.

Le jeu de la dualité expérimenté dans son corps physique, dans les limites duquel il est circonscrit, va amener le nourrisson à entrer dans cette dualité.

Il va se sentir séparé des autres, séparé du monde. Les « autres » vont être source de gratification, ou au contraire de frustration.

« SOLVE / COAGULA »

En termes alchimiques, on dit que l’esprit, qui est « solve », subtil et volatile, va être coagulé dans un corps, qui lui est dense, « coagula ». Il va être « fixé ». Cette fixation qui paraît un drame pour l’esprit qui vit dans l’unité, est en réalité une grande chance !

En effet, l’esprit, indifférencié, impersonnel, va pouvoir se « coaguler » grâce à la friction avec le corps, et il va alors s’individualiser.

Cette « individualisation » dans un corps physique, dense, va entraîner une « identification » à ce corps (« je suis ce corps ») mais paradoxalement va permettre un processus, que Jung appelle « individuation », un retour conscient du « moi » au « soi ».

Nous revenons au « soi » mais en l’ayant « condensé ».

L’enfant « Est », mais il n’est pas « conscient qu’il Est ». Il n’est pas conscient de lui-même.

La perte de ce contact, puis le retour volontaire et conscient à l’Être, permet de devenir « conscients de nous-mêmes ».

On revient avec « quelque chose de plus ».

C’est la parabole du fils prodigue : « Mon fils était mort, il est vivant ; il était perdu, il est retrouvé ! ». 1

Se référer à l’article mentionné au début. ( http://enneagramme-originel.fr/2021/03/05/le-point-fondamental-la-distinction-essence-personnalite/ )

Donc cette « séparation » volontaire est à mon sens « normale », elle permet ce « retour à la maison » . C’est, d’un point de vue alchimique, le but même de notre existence sur cette planète. De notre « incarnation ». Corporaliser l’esprit, puis spiritualiser le corps pour que l’individualisation de l’esprit, grâce au corps, permette l’« individuation », le retour à l’Essence.

D’un point de vue des neuf « types » (et nous verrons dans une troisième partie pourquoi on se fixe dans un type particulier et pas dans un autre), cette projection dans la personnalité va répondre à des mécanismes psychiques, à des mouvements circulaires dans l’âme, et va nous amener à nous projeter dans un mode de relation au réel, dont le but est de nourrir notre Être, de le développer, puis de manifester dans le monde, à travers ce « type », les qualités de notre Essence, de notre « individualité ».

Pour cela il faut passer de la « personne », qui n’est personne, à l’individu, qui est devenu un et indivisible.

Mais en raison des « conditions anormales d’existence et d’éducation », et notamment pendant « l’âge préparatoire » qui doit former des « individus responsables », nous dit Gurdjief, ce processus n’a pas lieu.

Gurdjieff nous explique, dans ses divers ouvrages, et notamment dans « La vie n’est réelle que lorsque Je Suis », que l’homme tient une place particulière dans la création.

Comme toutes les créatures, il sert les desseins cosmiques : il sert de « nourriture » au cosmos, grâce à sa capacité de capter certaines énergies, puis de les transformer. Il est en quelque sorte un « organe de digestion ». Voir le rayon de création ici.

Pour cela la nature a besoin d’individus qui se comportent de manière grégaire, qui soient identifiés au reste de la masse, et guidés par les instincts et les émotions de base. Qui suivent en quelque sorte le « troupeau ».

Mais l’être humain, entre autres, a une possibilité qui lui est donnée, une simple possibilité, qui est de s’extraire de ce troupeau pour acquérir une « individualité propre », un « moi permanent ». J’aborderai dans un autre article cette possibilité, en comparaison avec l’être de l’humain « ordinaire ».

Et cette possibilité doit s’exercer pendant « l’âge préparatoire », c’est-à-dire avant d’entrer dans l’âge adulte, que Gurdjief appelle « âge responsable ».

A ce moment de la vie humaine, l’humanité se divise en deux courants :

– un courant involutif, un fleuve qui va se jeter dans les abîmes souterrains

– un courant évolutif, qui se dirige vers l’Océan sans limites, et qui permettra une évolution ultérieure.

A cet âge là, les dés sont lancés. Les jeux sont faits. Soit on tombe dans le fleuve évolutif, soit on tombe dans le fleuve involutif.

Bienheureux sont ceux qui ont acquis les « données nécessaires » pendant leur « âge préparatoire ».

Et pour les autres, comme nous ?

TOUT N’EST PAS PERDU

Fort heureusement, d’après Gurdjieff, la nature, dans sa grande mansuétude, nous aurait donné une deuxième possibilité, une « seconde chance », qui permet à un individu tombé dans le fleuve destiné aux abîmes de passer dans l’autre courant, ascendant. Mais les efforts demandés sont considérables, et bien peu seront capables de les réaliser. « Il y aura beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » 2

Toutefois, cette possibilité existe et a été expérimentée et démontrée par nombre d’invididus. Et ils nous en ont montré le chemin.

Pour en revenir aux « conditions anormales d’existence et d’éducation » dont parle Gurdjieff, elles se sont nettement aggravées ces dernières décennies.

Nous allons tenter, dans la deuxième partie de cet article, d’esquisser une tentative de compréhension de ce qu’il a voulu, peut-être, exprimer.

II) La fixation anormale dans un type

Voir ICI

1 https://www.info-bible.org/legrand/4.9.ht

2 https://saintebible.com/lsg/matthew/22.htm

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