La fixation dans un type : Comment ? Pourquoi ? (Partie 2 : « Les conditions anormales d’éducation : les besoins fondamentaux »)

Suite de l’article : “La fixation dans un type : Comment ? Pourquoi ? (Partie 1 : « L’identification au corps»)”

II) La fixation anormale dans un type

Si l’on se réfère à l’article en deux parties sur « Le point fondamental : la distinction Essence / personnalité », partie 1 et partie 2 , on comprend que l’oubli de son Être, la perte de contact avec son Essence, est un processus normal et provisoire.

Il a pour but de permettre la constitution d’une personnalité, qui doit être harmonieuse, et qui va ensuite, à l’âge adulte (« âge responsable » de Gurdjieff), servir de « terreau » au développement de l’Essence.

C’est le but de l’incarnation. Ensuite, quand l’’Essence est pleinement développée, cette personnalité, informée et conduite par les profondeurs, par l’Être profond, va servir d’instrument à cette Essence, à cette parcelle individualisée de l’Être. Elle sera le « serviteur de Dieu » et permettra d’incarner les qualités essentielles dans le monde.

Il s’agit d’une « transfiguration » : une transformation profonde, de l’intérieur, qui seule permettra ensuite d’avoir un impact juste et harmonieux sur le monde, pour le transfigurer.

Mais le problème est que nos conditions d’existence, et surtout les conditions de ce que l’on appelle « éducation », vont constituer un obstacle majeur à ce développement normal de l’individu.

Une éducation juste à pour objectif de préserver une porte d’entrée vers l’Essence, et d’accompagner l’enfant, puis l’adolescent, à constituer une personnalité harmonieuse, qui à son tour lui permettra de développer une « individualité ». C’est à dire un « Moi » unifié, autonome, permanent, non soumis aux circonstances changeantes de notre quotidien.

Ce « Moi permanent » n’existe plus chez nos contemporains. Bienheureux ceux qui sont tombés, à l’entrée dans « l’âge responsable », dans le fleuve évolutif. Mais ils sont rarissimes.

Pour la quasi-totalité d’entre nous, ce « Moi permanent » doit alors être le fruit d’un Travail long, laborieux et difficile. Ce « Travail » consiste à « séparer le subtil (l’Essence) de l’épais (la personnalité).

Mais nous sommes pris, englués dans notre « personnalité » ; nous y sommes totalement « identifiés », c’est-à-dire que nous avons perdu notre identité véritable et nous prenons pour notre masques. (Persona signifie « masque » en latin).

Et cette personnalité n’est pas harmonieuse, elle n’est pas « unifiée » : l’individu véritable est « un » ; le « moi » est pluralisé. Ceci fera l’objet d’un autre article.

Ici, nous allons nous attarder sur les raisons de ce phénomène.

Je partage mon point de vue, issu des mes 30 années de recherches intérieures et extérieures, et des apports des différentes traditions, et également de l’« Approche Diamant » et de la psychologie transpersonnelle.

La plupart des traditions anciennes nous renseignent sur la problématique et son remède, mais pas sur les causes de cette problématique dans l’enfance.

Gurdjieff nous donne une indication sur les raisons cosmiques collectives (le fonctionnement du cosmos et notre place dans l’Univers)1 et sur les sources individuelles de ce phénomène : des « conditions anormales d’existence et d’éducation ».

Les disciplines plus récentes ont investigué de leur côté le psychisme humain et ont découvert que des endroits du psychisme étaient corrélés avec des évènements de l’histoire de chaque individu, porteurs de « mémoires » souvent traumatiques qui se retrouvent refoulées, enfouies, enfermées dans des zones inaccessibles, ce qui a pour conséquence dramatique de fragmenter notre psyché.

Cela entre en résonance avec le notion de « Moi non unifié » de Gurdjieff.

En creusant dans ces diverses disciplines, j’en suis arrivé à la conclusion suivante :

– La première cause de cette perte de contact avec l’Être et donc de l’identification à la personnalité réside dans l’incarnation elle-même : l’identification au corps. Et ce processus est normal. (Voir la première partie de cet article). Il résulte du fait même de vivre notre expérience dans un corps humain.

Les 3 causes suivantes sont à mon sens « anormales »

– La seconde cause est le fait que nos besoins fondamentaux, pendant l’enfance et surtout les premières années, ne sont pas assouvis.

– La troisième cause est lié à l’état intérieur de nos premiers «gardiens » : nos parents, nos éducateurs au sens large, etc.

– la quatrième et dernière cause est liée aux deux précédentes et elle concerne les injonctions reçues pendant l’enfance.

A) Les besoins fondamentaux non assouvis

Winnicot a développé la notion de « holding ».2 Le « holding » consiste à « porter » l’enfant dans les premières années. Ce « portage » est à la fois un portage physique, car le jeune enfant a besoin d’un contact physique poussé avec sa mère, et un portage psychique.

– Le portage physique

Il est assez évident à comprendre : on le retrouve dans la notion de « peau à peau » que l’on pratique avec les enfants, notamment lorsqu’ils sont nés prématurément. Elle consiste à porter l’enfant, sa peau nue en contact avec la peau nue d’un adulte. On a constaté que cette pratique permettait un développement correct des bébés prématurés.

La technologie et la déshumanisation de la périnatalité a entraîné le remplacement de cette pratique par des « couveuses », impersonnelles, qui apportent aux enfants une chaleur régulée et régulière, sans le contact humain.

Des études comparatives ont démontré la supériorité écrasante de la pratique du « peau à peau » sur la couveuse, l’aspect affectif jouant un immense rôle dans le développement de l’enfant: Développement physique mais aussi psychique.

Pour autant certains hôpitaux privilégient la mise sous couveuse et restreignent les possibilités de peau à peau.

On le retrouve également dans les habitudes ancestrales des peuples : porter son enfant sur soi dans un tissu, afin qu’il nous accompagne dans nos activités quotidiennes. Après que nos « poussettes » aient remplacé cette pratique millénaire, et parfaitement juste pour l’enfant, il y a depuis 20 ans un retour progressif de cette pratique dans nos sociétés industrialisées, pour le plus grand bien des enfants.

Si on met ces données en perspective avec notre sujet, il est évident que l’absence, ou la carence, de portage physique entraîne fatalement un problème de développement et participe à la création d’une personnalité dysharmonieuse.

– à côté du portage physique, le portage psychique joue un rôle fondamental.

La psychologie transpersonnelle a développé la notion de « besoins anaclitiques ».

Les traumatismes vécus dans l’enfance fragmentent la personnalité.

Le travail en psychologie transpersonnelle, et notamment les synthèses de Stanislav Grof, ont permis d’approfondir la connaissance de ces modes de traumatisme. Il existe deux formes de traumatismes, par commission ou par omission :

a) Traumatisme par commission :

On entend par là les traumatismes au sens habituel, c’est-à-dire toutes les influences externes ayant eu un impact préjudiciable sur le développement futur de l’individu : abus physiques, affectifs, sexuels, situations effrayantes, critiques destructrices et ridiculisations.

Tout cela constitue dans l’inconscient des éléments étrangers qu’il est possible de ramener à la conscience, de décharger énergétiquement, et de résoudre.

b) Traumatismes par omission :

Il s’agit du manque de Holding soit l’absence ou le manque des expériences positives qui sont essentielles à un bon développement affectif ;

Ce sont les grands besoins primaires non satisfaits : être pris dans les bras et expérimenter un contact de peau à peau (portage physique), être caressé, réconforté, avoir quelqu’un avec qui jouer, être le centre d’attention d’autres personnes.

Ces besoins non comblés ont des conséquences assez sérieuses. On parle des besoins anaclitiques (du grec anaklein : s’appuyer sur). Il s’agit des besoins fondamentaux sur lesquels le jeune enfant à besoin de s’appuyer afin de pouvoir construire son psychisme de manière harmonieuse et explorer le monde en toute sécurité. Le travail sur ces besoins non assouvis est bien plus difficile : il ne s’agit pas d’extraire, d’extérioriser un traumatisme négatif, mais de compenser un besoin non assouvi qui ne pouvait l’être que dans l’enfance.

Toutefois une possibilité existe et nous l’aborderons dans une autre partie.

Tous ces traumatismes ont pour effet de fragmenter la personnalité, le « moi », le psychisme, et sont le germe de schémas de comportement mécaniques, répétitifs, à l’âge adulte. Et cela en très grand nombre. On rejoint ici l’idée de Gurdjieff d’un homme « machine », sans « moi unifié », sans libre-arbitre, et soumis aux aléas des circonstances extérieures qui ne font qu’appuyer sur des « boutons » à l’intérieur pour générer une réaction automatisée.

Nous pouvons donc établir un lien assez évident entre la situation de l’homme selon gurdjieff, et les découvertes récentes de la psychologie transpersonnelle. Et nous pouvons esquisser une idée de ce qu’il a voulu dire par « conditions anormales d’éducation ».

Une « condition normale d’éducation » pourrait déjà pourvoir à ces deux grandes catégories de besoins : les besoins de portage physique et les besoins de portage psychique. Les besoins anaclitiques. Et donc apporter le « holding » dont l’enfant a cruellement besoin.

Mais il y a un autre point extrêmement important dans ce processus de « chute de la conscience », qui est peut-être le plus important, car c’est lui qui cause fort probablement les deux premières raisons que nous venons d’évoquer : il s’agit l’état intérieur des « éducateurs ».

B) L’état intérieur de nos « gardiens ».

Voir ICI

1Voir http://enneagramme-originel.fr/2021/03/06/la-science-de-lenneagramme-la-loi-de-7-2eme-partie/

2https://psy-enfant.fr/holding-donald-winnicott/

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