Les 3 centres de l’homme

Ce point est primordial pour comprendre la Quatrième Voie et l’Ennéagramme des 9 types. Car tout repose en premier lieu sur cette distinction.

Nous avons précédemment abordé la première des lois fondamentales : la loi de 3.

Une personnification de la loi de 3: la Trinité

Cette loi ternaire régit tout ce qui existe dans le cosmos.

L’une de ces manifestations chez l’être humain tient à sa constitution.

L’être humain est « ternaire ».

On parle, dans la Tradition des Pères du désert, de la trinité corps-âme-esprit.

Dans la Quatrième Voie, jusque dans la théorie de l’Ennégramme moderne, cette thèse est connue sous le vocable des « 3 centres de l’homme ».

Il s’agit de centres « psychiques » qui structurent l’expérience humaine : on parle du centre instinctivo-moteur, du centre émotionnel et du centre intellectuel.

N’oublions pas que l’homme est aussi gouverné par la loi de 7, il est également un septénaire, et à ce titre on peut parler de 7 centres de l’homme. On voit l’analogie avec les 7 centres subtils de l’homme dans le yoga: les 7 chakras.

On utilise dans la Quatrième Voie un autre référentiel, les 7 centres psychiques, et nous parlons ici des centres « inférieurs » de l’homme.

Nous le verrons ultérieurement, et dans ce schéma tri-partite, nous mêlons volontairement le centre moteur avec le centre instinctif, qui est un centre à part entière. Cela pour plus de clarté, et parce qu’ils sont étroitement liés.

A ces trois centres psychiques correspondent 3 instincts, il y a un lien mais il n’y a pas une identité. Le centre n’est pas l’instinct, l’instinct fait référence uniquement au centre instinctif. Mais un axiome hermétique précise : « Tout est dans Tout ». Et cela se vérifie expérimentalement et logiquement dans la théorie des 3 centres : dans chaque centre, on retrouve une subdivision, comme les poupées russes, en autant de centres. Nous y reviendrons plus bas.

Il me faut préciser une erreur quasiment universelle dans les cénacles de l’Ennéagramme moderne des 9 types. Il y a une confusion totale entre la notion de « centre » et celle d’« instinct ». On parle de « centre » et dans la description que l’on en fait, on décrit en fait l’instinct. C’est faux, car on mélange deux notions qui sont liées analogiquement, mais qui sont différentes par nature.

Venons-en aux 3 centres : l’homme est constitué, selon la loi de 3, nous l’avons évoqué :

– d’un centre moteur (ou instinctivo-moteur)

– d’un centre émotionnel

– d’un centre intellectuel

Gurdjieff parlait d’« êtres tri-centriques » et d’«êtres tri-cérébraux ». Il est fort intéressant de noter les travaux du neurobiologiste Paul MacLean, dans les années 70, sur le cerveau triunique : il démontre que le cerveau est constitué en fait de 3 « cerveaux » : le paléo-cortex (survie), le système limbique (émotions), et le néo-cortex (intellect). Il démontre scientifiquement ce que la tradition annonce depuis des millénaires : la structure ternaire de l’homme.

Chaque centre fonctionne avec son rythme propre et son énergie propre. Il suffit d’y être attentif pour percevoir que le centre moteur travaille avec une énergie différente de celle du centre émotionnelle et du centre intellectuel, et ainsi de suite.

Tous les centres sont construits sur un mode binaire : avec deux pôles, l’un actif, l’autre passif.

I) LE CENTRE INSTINCTIVO-MOTEUR

Pour simplifier, nous dirons que le centre moteur gouverne les actions volontaires du corps physique. Je décide d’écrire un article, j’ai besoin du centre moteur qui donne l’impulsion à mes doigts de taper sur le clavier.

Il se situe à la base de la colonne vertébrale.

Je décide d’aller au marché, j’ai besoin du centre moteur pour aller à pied jusqu’à l’endroit indiqué.

Nous voyons que le centre moteur obéit, dans ces conditions, à un autre centre : il a besoin d’une impulsion pour agir (désir, intention, etc.). Sans impulsion, le corps resterait inactif. C’est la « mécanique » de l’organisme humain. Bien qu’intérieurement une vie extraordinaire échappe à notre conscient.

Construit sur le mode binaire, actif/passif, il se manifeste en terme de « mouvement » et de « repos ».

Le centre instinctif gouverne les actions non volontaires du corps ; il obéit à sa logique propre qui est centré uniquement sur la survie de l’organisme dont il a la charge.

– Il s’occupe de toutes les fonctions inconscientes du corps : digestion, circulation sanguine, nerveuse, lymphatique etc.

– il s’occupe des mouvements réflexes du corps : réaction automatique en cas de danger, réel ou supposé. Il prend alors le dessus sur le conscient et c’est qui qui donne l’ordre au corps.

Il est lié au paléo-cortex, ou « cerveau reptilien » de MacLean. C’est le « système nerveux autonome » et le système des « réflexes ».

Il est le plus rapide des 4 centres « basiques ». La survie de l’organisme en dépend.

Il est situé au niveau du nombril.

Par exemple en cas d’accident, le centre instinctif va « analyser » la situation en une fraction de secondes et intimer l’ordre adéquat au centre moteur, qui est le deuxième centre le plus rapide après le centre instinctif ; toujours pour une question de survie, la machine humaine (comme le reste de la création) est parfaitement fonctionnelle.

Construit sur le mode binaire, il perçoit le monde en terme de survie : « danger / sécurité », et en terme de sensations « agréables / désagréables » (douleur /bien-être, chaud / froid etc.).

Cet instinct se subdivise, comme tous les centres, en autant de sous-parties : une partie motrice, une partie émotionnelle et une partie intellectuelle : et c’est là que l’on rejoint en réalité les 3 instincts de l’Ennéagramme des 9 types, que les auteurs appellent injustement « centres ». On peut ajouter “l’instinct de l’instinct”: les fonctions reptiliennes pures.

II) LE CENTRE EMOTIONNEL

Comme son nom l’indique, il est le siège des émotions et se trouve localisé dans le plexus solaire.

L’émotion est le résultat d’une « friction » entre une impression reçue, par exemple une pensée, et le corps : la pensée se répercute dans le corps et crée une « émotion » qui est une réaction de l’organisme à la réalité.

C’est toujours une application de la loi de 3 ( LIEN ARTICLE)

Construit sur le mode binaire, il ressent les émotions en terme de « positives » et « négatives ». “Plaisir” et “souffrance”.

S

Ces émotions sont à distinguer des « sentiments », au sens de la Quatrième Voie, qui relèvent d’un autre centre. Les « sentiments » ne sont pas polarisés et appartiennent à un centre dit « supérieur ».

Le centre émotionnel est impliqué dans nos relations aux autres et au monde, et surtout à dans nos réactions à ces relations.

C’est le système limbique de P. D. MacLean.

Pour beaucoup de Traditions, l’émotion est l’obstacle à l’Eveil, à la paix intérieur. Elles cherchent un moyen de se libérer des émotions, pour se libérer de la souffrance.

Nous verrons que la Quatrième Voie ne cherche pas la disparition des émotions, mais leur transformation : les émotions sont une énergie puissante et cette énergie doit être transmutée pour nourrir notre conscience.

Dans l’Ennéagramme, 3 émotions de base fondent la répartition des 9 types en 3 groupes, selon la problématique particulière de ces groupes :

la Colère (types 8, 9 et 1)

la Honte (types 2, 3 et 4)

la Peur (types 5, 6 et 7)

Les 3 antithèses de ces trois émotions fondamentales peuvent être trouvées dans les vertus théologales du christianisme :

– l’Amour pour la colère

– l’Espérance pour la honte

– la Foi pour la peur.

Plus lent que les deux autres centres, il réagit toujours après coup.

III) LE CENTRE INTELLECTUEL

Gurdjieff l’appelle l’appareil formateur. Son siège est dans la tête.

Son rôle est de capter les impressions, et ensuite de les classer, les synthétiser, les mettre en relation.

C’est le siège de la pensée, mais aussi de l’attention. Et cette attention est un point important : elle joue un rôle capital dans le travail de connaissance de soi et de transformation intérieure.

Il est le centre du savoir. Il emmagasine ces impressions dans la mémoire et analyse le présent en fonction de cette mémoire, donc du passé : il interprète le réel en fonction de son histoire et de sa constitution. Il ne crée rien, il transforme des impressions en concepts, étiquettes, en savoirs. Il les range dans des catégories connues; ce qui ne peut être rangé est souvent ignoré.

Il est construit sur un mode binaire et voit le monde en termes de « vrai » et de « faux » ; de « bien » ou « mal » ; de « blanc ou noir ». Tout comme les émotions sont à distinguer du “Sentiment”, les savoirs sont à distinguer de la « Connaissance » au sens de connaissance objective, non binaire, qui relève là aussi d’un centre supérieur. Co-naissance signifie “naître avec”

Le centre intellectuel est le plus lent de tous les centres.

Contrairement aux tendances nouvelles, l’intellect n’est pas condamné dans la Quatrième Voie: il joue un rôle à part entière et ne doit pas être “supprimé” ni combattu. C’est son fonctionnement anormal qui doit être remis en ordre. Gurdjieff insistait beaucoup sur la nécessité de comprendre ce que l’on faisait, et sur le travail de réflexion sur les lois: l’intellect est un instrument, un outil au service de notre évolution. Il a juste pris une place de “maître” dans notre civilisation pour lequel il n’est pas conçu, ce qui explique toutes les dérives de notre humanité.

Et la fonction d’attention, qui relève du centre intellectuel, est fondamentale et primordial sur le “Travail” de la Quatrième Voie, et sur toute démarche initiatique.

IV) UN EXEMPLE CONCRET

Pour prendre une exemple concret du fonctionnement à un rythme différent de ces trois centres, dans une situation donnée, imaginons un promeneur en montagne.

Il marche sans se soucier, observant le paysage, ou perdu dans ses pensées, quant tout à coup, un serpent se manifeste sur son passage : il va marcher dessus!

Le premier centre à réagir, le plus rapide, est le centre instinctif ; il perçoit une notion de danger et va mobiliser tout l’organisme : il va instantanément envoyer un ordre au corps : éviter le danger (le serpent).

Le second centre à réagir est le centre moteur, ici dans un mouvement réflexe ordonné par le centre de l’instinct : le corps va se déporter très rapidement sur le côté, ou s’arrêter net, ou encore reculer voire sauter par-dessus le serpent. Bref un comportement qui ne vient pas d’une réflexion, mais d’un réflexe!

Ensuite les émotions vont s’emballer : c’est le centre émotionnel qui prend le relai. Des émotions de peur, de terreur, et en même temps de soulagement, vont se succéder en l’homme. Le cœur va battre la chamade peut-être.

Enfin, à la fumée des cierges, le centre intellectuel va se mettre en place et analyser ou commenter la situation :

  • ” j’aurais dû faire attention”;
  • “je ne savais pas qu’il y avait des serpents par ici, je ne reviendrai plus ici”;
  • “j’ai eu chaud !, mais était-ce une vipère ou un orvet,ou bien une couleuvre ?”;
  • “comment aurais-je fait pour appeler les pompiers” etc..
  • il va peut-être tenter de rationaliser les émotions, ou de les conjurer…

Autant de choses inutiles sans rapport avec la réalité du serpent qui est déjà du passé. D’ailleurs, l’anagramme de “serpent” est: “présent”, et dans cet exemple, il a effectivement la capacité de nous y ramener instantanément!

On comprend très vite, et notre expérience doit nous en convaincre, que le centre intellectuel est le moins adapté pour gérer ce genre de situations. Et beaucoup d’autres. Et c’est la tout notre problème, eût égard à la place dominante qu’a pris ce centre dans nos sociétés.

Le centre instinctif est programmé pour la survie, et donc pour l’efficacité : il a enregistré, dans ces cellules, fruit de l’évolution, de l’hérédité, qu’une forme de serpent représente potentiellement un danger. Il n’a pas le temps d’analyser s’il s’agit d’un serpent venimeux, ou non venimeux, il considère qu’il y a un danger et il réagit instantanément.

Si le centre intellectuel avait été le plus rapide, il aurait instantanément analysé qu’il s’agissait d’un orvet, un lézard en forme de serpent, non venimeux, et l’homme aurait continué tranquillement son chemin.

Mais ce n’est pas le cas ; il le fera après coup, après la bataille.

Les émotions, une fois mises en place, vont s’emballer et continuer un certain temps, jusqu’à avoir gaspillé leur énergie propre. On n’exerce aucun contrôle direct sur elles, elles sont un résultat autonome de la friction de la pensée (ici de la partie instinctive de la pensée, avant qu’elle ne devienne consciente) et du corps. A ce titre, elles ont leur vie propre. On ne peut pas les arrêter en chemin.

Voilà un exemple de fonctionnement à peu près normal de l’organisme humain. Nous verrons dans un article ultérieur que ces centres sont déséquilibrés chez nous, et qu’ils fonctionnent de manière dysharmonieuse.

CONCLUSION

Cette structure tripartie de l’homme, expression de la loi de 3, est fondamentale pour comprendre :

pourquoi l’homme ne fonctionne pas de manière harmonieuse (voir article suivant), ce qui constitue un obstacle de taille à un processus d’Éveil ;

– et pour comprendre les procédés de libération de l’homme par un travail approprié sur ces centres.

On retrouvait déjà chez Platon cette notion trinitaire : il affirmait que l’homme avait été créé par Dieu à partir de trois éléments :

– une substance matérielle divisible : le corps ;

– une substance immatérielle et indivisible, que nous appellerons « l’esprit » (il la nommait âme, mais le terme plus exact en fonction de notre référentiel est « esprit »)

– un élément mystérieux qui est une conciliation des deux et qui assure leur cohésion.1 Nous l’appellerons “âme”

On retrouve cette pensée chez les pères du désert et les pères de l’eglise : l’homme est constitué selon le ternaire « corps – âme – esprit ».

On la retrouve aussi chez les stoïciens, et dans beaucoup de traditions qui sont venues jusqu’à nous.

La Quatrième Voie apporte une vision très intéressante quant à la désorganisation de ces centres chez l’homme, surtout chez l’homme contemporain, et aux possibilités de remédier à cette désorganisation, préliminaire indispensable à un travail d’évolution.

L’Ennéagramme des 9 types n’apporte pas cette approche, ni, donc, donc, la solution, ce qui est dommage car c’est la fondation même de toute possibilité réelle d’évolution. Cette approche moderne ne s’en sert que comme classification, pour distinguer les types et comprendre leur problématique, ce qui est déjà intéressant. Mais elle ne s’occupe pas de ré-harmoniser le fonctionnement des centres, ni de les rééquilibrer.

Et nous verrons dans l’article suivant que ces centres, conçus pour fonctionner harmonieusement, ont, par un parcours non conforme aux lois, déviés de leur organisation originelle pour se mettre à dysfonctionner de manière de plus en plus problématique !

Quelques liens intéressant pour aborder ces notions en lien avec les découvertes des neurosciences. :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience_(biologie)#Neurobiologie_de_la_consciencesystemenerveux

1« L’harmonie intérieure selon la Quatrième Voie » Georges de Maleville

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