La désharmonisation des centres: la parabole de l’attelage

Un attelage harmonieux

I) La parabole de l’attelage

L’état de l’« homme ordinaire », nous dit Gurdjieff, et c’est encore plus poussé aujourd’hui, ressemble à un mauvais attelage :

Cette analogie est commune à de nombreuses traditions.

Nous sommes dont semblables à un attelage dans lequel :

La voiture est en très mauvais état ; elle a pris des chemins trop cahoteux, elle n’a pas été entretenue, elle a été poussée à l’extrême par le cocher. Elle n’est pas huilé, les pièces sont vétustes et n’ont jamais été vérifiées, encore moins changées.

La voiture est faite pour le mouvement, elle a été conçue pour ça, mais elle n’a pas d’énergie propre nécessaire au mouvement : elle doit recevoir cette énergie de l’extérieur : des chevaux, et/ou de l’ordre du cocher aux chevaux.

Le cocher doit entretenir la voiture, c’est l’une de ses attributions. Pour cela il doit bien connaître la fonctionnement d’une voiture, et plus spécifiquement de cette voiture particulière. Il doit la vérifier régulièrement, observer son état, ses réactions sur la route, etc.

– les chevaux sont mal soignés et ne sont pas éduqués : ils sont fougueux, ne supportent pas d’être attelés, n’ont pas été préparés à conduire un attelage. Ils sont trop jeunes et immatures, ils cabrent et ruent très souvent, pour des raisons très aléatoires, parfois sans raison, entraînant tout l’attelage avec eux.

S’ils croisent une personne qui leur donne à manger, ils vont dévier de leur trajectoire, si toutefois ils ont pu y être un certain temps, par miracle, et ils vont simplement suivre cette personne, jusqu’à ce qu’ils soient rassasiés.

Puis ils vont suivre une autre personne parce qu’elle leur a donné des caresses, emportant encore l’attelage dans une direction opposée à la direction initiale.

Ils sont mal nourris, et ont toujours faim ; ils ne sont pas soignés et souffrent de carences affectives et de diverses maladies, ont des parasites et autres problèmes de santé physique et morale.

le cocher ne connaît rien aux voitures, ce n’est pas son travail initial, il a appris un autre métier que celui pour lequel il aurait pu être compétent. Il ne l’entretient pas parce qu’il ne sait pas comment l’entretenir. Il l’emmène sur des chemins qui ne sont pas adaptés à une voiture, des chemins pour lesquels elle n’a pas été conçue : s’en suit une usure prématurée.

De plus, il ne connaît rien aux chevaux, là non plus il n’a pas appris, il ne connaît qu’un mode de relation basé sur les coups de fouet ou la récompense ; les chevaux tantôt obéissent, tantôt n’en font qu’à leur tête. Il ne sait pas utiliser les rennes (de toute façon les chevaux ne sont pas éduqués pour ça!), il ne parle même pas le langage des chevaux. Il arrive de temps en temps à les faire avancer un peu, quand ils sont rassasiés de nourriture et de caresses par des passants sympathiques, jusqu’à une nouvelle stimulation ou résistance des chevaux.

Enfin, le cocher parle une autre langue que celle de maître de cet attelage. Il ne peut recevoir ses ordres, ses directions, ses demandes : il les reçoit mais ne les comprend pas : soit il les déforme, soit il ne sait même pas que c’est la maître de l’attelage qui parle ! Il n’en fait alors qu’à sa tête, comme les chevaux d’ailleurs !

– le pire est que ce n’est pas tout: dans cet attelage, les liaisons sont inadaptées, ou parfois manquantes ! Ce qui relie les chevaux à la voiture, et ce qui relie le cocher aux chevaux, est mal attaché, non approprié à l’attelage : rennes trop courts, ou trop longs, et mal fixés, donc souvent détachés ; barre d’attelage chancelante, elle aussi régulièrement détachée, séparant ainsi la voiture des chevaux. Le tout est usé et doit souvent être bricolé pour tenir un peu. Les freins, eux, ne fonctionnent presque pas.

Le fouet lui-même est un instrument totalement inadapté pour les chevaux.

Un tel attelage est promis au désastre ! Dans un attelage aussi dysfonctionnel, le maître ne peut être présent, il a quitté les lieux depuis longtemps, il s’est fait « virer » par des passagers clandestins. Donc cet attelage est à la merci d’une foule de passants, de passagers clandestins, qui se battent régulièrement pour occuper la place du maître. Et pour diriger autant que possible cet attelage et tenter de l’amener là où le « maître » du moment veut, jusqu’à ce qu’un autre « maître usurpateur » prennent sa place pour changer de direction, direction qui sera encore modifiée quand ce « maître » aura été jeté dehors par un autre passant.

Cet attelage ne va nulle part, même si à chaque instant, le passager du moment est convaincu du contraire. Le maître véritable sait, lui, que cet attelage ne l’emmène pas où il doit aller, parce qu’il remplit une mission précise et doit pour cela utiliser l’attelage à des fins supérieures, et il voit cet attelage ballotté au gré de circonstances fâcheuses et toujours changeantes.

Il faut alors espérer qu’un passager plus lucide et bienveillant que les autres va prendre en charge cet attelage, remettre de l’ordre chez les passagers, soigner les chevaux, éduquer le cocher. Pour redonner à cet ensemble une forme acceptable, dans laquelle le maître pourra revenir.

Voici, selon les enseignements traditionnels, la situation de l’homme qui n’a pas accompli un travail sur lui-même.

Vous l’aurez compris, ou vous le savez déjà, cet attelage est à mettre en relation analogique avec les 3 centres de l’homme :

– la voiture représente le corps, le centre moteur

– les chevaux représentent le centre émotionnel

– le cocher représente l’intellect, le centre intellectuel

Voir l’article sur les 3 centres : ICI

Le cocher emmagasine les informations reçues depuis l’enfance et les analyse, les assemble, il les classe, et les range dans divers « tiroirs » pour les réutiliser le moment venu, par exemple pour prendre une décision importante, résoudre un problème qui fait appel à la logique, etc. Il doit pour cela tenir compte de l’état des chevaux et de la voiture. Il doit donc les connaître, connaître le langage des chevaux, des émotions, qu’il doit nourrir et soigner par ailleurs.

Il doit connaître le fonctionnement des voitures, du corps, et de la sienne en particulier : pour cela il doit être à l’écoute des chevaux et de la voiture, observer régulièrement leur état, leurs réactions, leurs capacités.

Les chevaux doivent avoir été éduqués par leurs premiers gardiens ; et si ce n’est pas le cas, ce sera plus compliqué, mais c’est au cocher de s’en charger, souvent avec l’aide d’un passager qui a conscience de la situation, et la volonté de remédier à cela.

Et une fois une harmonie recréée, le maître reviendra : les chevaux connaissent bien le maître et seront apaisés lorsqu’il sera présent.

La voiture, elle, doit être en bon état et entretenue par le cocher.

Les liaisons doivent être en bon état pour permettre une communication entre le centre intellectuel et le centre émotionnel, entre le centre intellectuel et le centre moteur, puis entre le centre moteur et le centre émotionnel, et elles doivent être vérifiées régulièrement.

Les passagers clandestins représentent les différents « moi » qui se succèdent dans la machine humaine. En effet, cet enseignement, et d’autres, nous apprennent que le moi de l’homme n’est pas unifié : il est pluralisé. Il n’y a pas un moi qui mène la barque, mais de très nombreux petits « moi » qui tout à tour conduisent la barque. Chacun de ces « moi » ignore les souhaits des autres et ne voit que son objectif du moment, jusqu’à ce qu’il soit remplacé. Satan, dans l’Evangile, répond: “Je suis légion“.

On peut s’en convaincre assez facilement : un « moi » gourmand a mangé des choses inappropriées pour l’organisme en question, un autre « moi », en subissant les conséquences, décide fermement de ne plus manger de cet aliment. Mais deux heures passent, la faim arrive et le moi gourmand réapparaît, il décide de manger tout ce qui reste de cet aliments nocif. Un autre moi réapparaît juste après, plein de remords, mais trouvant des excuses et des justifications, faisant de nouvelles promesses, qui seront tenues jusqu’à ce que l’autre « moi » revienne et soit mis en présence de cet aliment.

Un “moi” épouse une femme, lui jurant fidélité et amour pour la vie, mais deux mois après, profitant d’une aubaine, un autre moi, qui n’a rien envie de savoir à propos du mariage et de la fidélité, va voir une relation avec une fille de passage, laissant le premier « moi » désabusé et plein de remord quand son tour sera venu d’assumer la place, qui va peut-être soulager sa conscience en racontant tout à sa bien-aimée, jurant de ne plus recommencer. Jusqu’à l’avènement du second « moi » etc. Pire, 10 ans après, un nouveau « moi » se demande comment il a pu aimer cette femme, qu’est-ce qu’il a pu lui trouver, abandonnant cette femme pour une autre, et abandonnant passage les enfants qu’un autre de ses « moi » avait pris pour engagement d’éduquer avec leur mère dans l’amour et l’harmonie.

Le maître de l’attelage, qui a été séquestré dans un recoin caché et très obscur de la voiture, représente notre Moi véritable, notre Essence vers laquelle pointent tous les enseignements et traditions.

Une fois que la maître est présent, donc seulement quand l’attelage sera harmonisé, l’attelage pourra se rendre dans une direction donnée sans changer constamment de trajectoire.

Ainsi va notre vie au gré des circonstances changeantes et de l’apparition de nouveaux « moi » dans notre conscience qui prennent des décisions qui engage l’homme tout entier, pour le meilleur mais souvent pour le pire.

Je prend des engagements, mais l’instant d’après, ou le lendemain je le regrette déjà : je vais trouver des excuses pour m’en défaire.

Je me lance dans un projet, mais je change d’avis en cours de route, parfois plusieurs fois, alors je trouve encore des excuses pour le justifier : j’ai « senti » que je devais prendre une autre direction, je me lance dans un autre projet plus excitant, je n’avais pas envisagé qu’il y avait tant de travail laborieux,etc…

Je n’ai pas de « Moi »  unifié, permanent, qui prend des décisions en toute connaissance de cause, dans une vision globale de la réalité, et qui s’y tient quelles que soient les difficultés, les vents contraires, les adversités et les difficultés, qui vont immanquablement se manifester, comme un résultat conforme aux lois, et qui seront autant d’occasions de nourrir ce « Moi » véritable ; de le renforcer.

II) La parabole de la maison

Gurdjieff utilise aussi l’analogie de la maison de maître… sans maître.

Commencons par une histoire de sagesse :

Un mendiant, faisant du porte à porte pour obtenir de quoi se sustenter, sonne pour la première fois à la porte d’une belle maison bourgeoise. Une femme élégante lui ouvre la porte. Il demande la maître ou la maîtresse de maison. “C’est moi ! » Lui répondit-elle ;

Il lui fait part de sa demande, elle lui demande d’attendre.

Quelques minutes après, un serviteur revient avec les bras chargés de victuailles ! Un festin ! Notre homme n’en croit pas ses yeux !

Il retourne dans son endroit favori et se met à déguster cet incroyable repas : les mets sont succulents, tous meilleurs les uns que les autres ! Son ami et compère de galère s’en vient aussi.

Il est effaré devant ce repas de fête ; et souhaite savoir où ce gredin a obtenu autant de nourriture !

Ce dernier gredin lui indique alors la belle demeure.

Sans tarder, il court à l’adresse indiquée, et trouve sans difficulté la magnifique demeure.

Il sonne, mais se retrouve surpris quand un homme lui ouvre la porte. Il s’attendait à une femme.

L’homme porte des habits déchirés et des marques de lutte.

Il demande la maîtresse de maison, conformément aux indication de son compagnon.

L’homme vocifère qu’il n’y a pas de « maîtresse de maison », c’est lui le maître de maison, et il lui demande de lui donner prestement la raison de sa visite importune !

Déstabilisé, le mendiant lui demande un peu de nourriture. Il ne reçoit en guise de pitance qu’un magnifique coup de pied aux fesses, accompagné d’insultes toutes plus truculentes les unes que les autres.

Il retourne, désabusé, auprès de son ami qui s’est bien joué de lui. Il s’attend à recevoir ses moqueries. Mais ce dernier, occupé à digérer autant que possible tout ce qu’il a avalé, n’en croit pas ses oreilles !

– « Tu as dû te tromper de maison, bougre d’idiot ! Une marche digestive me fera le plus grand bien, je vais y aller, surveille mes affaires ! »

Il arrive à la maison, il sonne, et c’est la même femme qui lui ouvre. Il est vrai qu’elle a les cheveux un peu ébouriffés, semble un peu plus pressée que la dernière fois, mais toujours aussi aimable, presque elle tenterait de le séduire !

Il demande alors à manger pour son ami.

Elle semble plus tendue que la dernière fois, et très pressée, elle se dépêche et va chercher « quelques provisions trouvées rapidement dans un placard », dit-elle.

« Ca fera bien l’affaire pour lui », se dit-notre homme. Il la remercie et s’en va retrouver son compère.

Ce dernier, impatient, se montre un peu déçu par le maigre butin, en tout cas comparé au festin de son ami.

Le premier lui réexplique où il a trouvé la maison ; le second lui dit que c’est bien là qu’il est allé ! Il pense que son ami lui a joué un sale tour. Ce dernier, excédé, propose qu’ils y aillent tous les deux ; tout compte fait, il est vrai que l’attitude de la dame était suspecte. Il veut en avoir le coeur net.

Il se dirigent alors vers la maison.

Mais notre homme commence à se sentir perplexe lorsque son ami lui montre la bonne demeure. C’est bien là qu’il a reçu toutes ses victuailles, il n’a pas rêvé, d’ailleurs il les sent bien pesant sur son estomac.

Pour en avoir le cœur net, ils vont sonner tous les deux.

A leur surprise, qui commence à devenir assez grande, c’est un vieillard qui leur ouvre la porte. Lui aussi porte des marques de bataille. Et des bottes pleines de terre.

Le premier mendiant demande à voir la maîtresse de maison.

Le vieil homme éclate de rire :

« Quoi !? Une maîtresse de maison ! J’aimerais bien mes amis, mais il n’y a pas de maîtresse de maison ici ! Dommage pour mes vieux os ! »

Les deux hommes restent cois ; C’est à ne rien y comprendre.

Devant leur silence hébété, le vieillard leur demande la raison de leur visite. Ne sachant plus trop sur quel pied danser, le second mendiant se risque à demander à manger.

Le vieillard accepte, il va aller leur chercher à manger, mais il ne se souvient plus trop où est le garde manger ; il leur parle d’ailleurs de sa mémoire défaillante. Il leur parle aussi de sa maison, de sa vie, de son travail, de son enfance, il leur parle sans arrêt.

Deux bonnes heures se sont écoulées, la nuit est tombée, et nos deux hommes commencent à fatiguer et à se sentir mal, l’un d’avoir trop mangé, l’autre pas assez! Le vieil homme, sorti de son soliloque par un bruit à l’intérieur de la maison, s’excuse et part quelques instants.

Il revient avec un morceau de pain et un verre d’eau et ferme prestement la porte en leur souhaitant une bonne nuit.

Nos deux amis restant pantois,et ils repartent avec leur morceau de pain, et une montagne de questions !

III) Une autre histoire

Une maison se trouve délaissée par son maître.

Pendant un certain temps, elle fonctionne encore assez bien, chaque employé faisant son travail correctement.

Une telle maison sans maître représente un grand danger pour la maison et ses habitants.

D’ailleurs, un jour, l’intendant se rend bien compte que l’absence du maître se prolonge, et qu’il ne reviendra sûrement. Il se dit que vu la place qu’il occupe, il est normal que le rôle du maître lui revienne. Après tout, il est l’intendant, il en est digne.

Mais voilà, il ne connaît pas l’art de conduire les hommes ; de plus, il n’y connaît rien en cuisine, jardinage, entretien de la maison, du linge, éducation des enfants, etc., bref, dans le domaine de toutes les tâches qu’il veut gérer !

Et en plus, il n’a plus la légitimité du maître qui lui donnait sa direction, sa guidance dans l’intendance de la maison.

Alors il va donner des ordres, mais les mauvais ordres, aux mauvaises personnes : le jardinier va devoir s’occuper des enfants, avant de faire la lessive, pendant que le mécanicien va saccager le jardin ! Les enfants vont se mettre à pleurer, la maison sera mal entretenue (le secrétaire n’y connaît rien, le pauvre!), etc.

Pire, chacun des nombreux employés, très efficace dans son domaine, mais médiocre dans les autres, va constater aussi que le maître n’est pas là. Ils vont tous contester la légitimité de l’intendant. Et ils vont se batailler pour savoir qui va être le maître.

A un moment, la nurse, victorieuse, occupe le rôle de maître, et c’est elle qui ouvre la porte à un mendiant et lui donne tous les restes du somptueux repas, le dernier préparé par la cuisinière elle-même, par chance !

Puis le trésorier prend le dessus, et devient le maître pour quelques temps. Il envoie paître un mendiant qui passait par là.

La nurse, voyant arriver à nouveau le premier mendiant, qui « après tout est fort joli garçon ! » s’empresse de dire au trésorier qu’on le demande en urgence à l’atelier, pour une affaire de toute importance requérant des conseils sages et a visés. Content qu’on reconnaisse enfin ses compétences, ce dernier se rend tout guilleret, et de toute bonne foi, là où personne ne l’attend…

Le vieux jardinier arrive aussi à prendre son tour quand les autres sont assoupis ou trop occupés, ou en train de profiter de ce qu’ils ont obtenu.

Quand on sonne, ce vieil homme souffrant de solitude est trop heureux de trouver avec qui discuter (plutôt à qui raconter sa vie et ses malheurs), et il profite de ce temps jusqu’à ce que le mécanicien se réveille et commence à demander sa place de maître ; il se dépêche alors d’aller chercher à manger (« mais où est donc ce garde-manger !? ») et trouve un morceau de pain et un verre d’eau abandonnés là, qu’il s’empresse de donner aux visiteurs avant d’aller emmener les enfants chez leurs amis pour la nuit (« mais comment conduire ce fichu attelage ? Et où donc habitent ces fameux amis ? »)

Le maître, au courant de l’état de la situation dans la maison, s’empresse de revenir, mais personne ne veut le reconnaître et il est enfermé à double tour à la cave ! Il va alors fuir cette maison de fous.

Une telle maison court de graves dangers !

Jusqu’à ce qu’un petit groupe de personnes se rappelle combien la vie était belle quand le maître était présent et que la maison fonctionnait harmonieusement, chacun faisant son travail avec passion, heureux de servir ce maître si généreux !

Ils décident de convaincre les autres d’élire un intendant provisoire. Cet intendant provisoire va devoir mettre chacun à sa place : le jardinier au jardin, la nurse auprès des enfants, le garçon d’écurie à l’écurie, la cuisinière à la cuisine, la lingère à la laverie etc.

ce n’est pas chose aisée, car de très mauvaises habitudes ont été prises, chacun a pris goût à être le chef et souhaite le redevenir. « De mauvais plis ont été pris », a dit la lingère dans un moment de lucidité.

L’intendant provisoire devra faire preuve de beaucoup de patience, de fermeté, de courage et de volonté pour redonner un semblant de cohérence à l’ensemble. Et surveiller constamment les velléités de pouvoir mal placées.

Quand la situation sera apaisée, l’intendant pourra reprendre sa place, surveillé par l’intendant provisoire.

Alors, seulement, le maître pourra revenir, et la maison pourra fonctionner harmonieusement et remplir son rôle dans le village.

IV) Conclusion

Ces histoires parlent d’elles-mêmes et mieux vaut ne pas les commenter plus avant.

Nous avons ici une idée du travail long et laborieux qu’il nous faut entreprendre sur nous avant de pouvoir prétendre à une quelconque « transcendance » !

Pour cela, un « intendant provisoire » devra être « constitué », et il a besoin que certains de mes « mois » aient pris conscience de la situation, en aient souffert et aient décidé d’agir. On l’appelle « l’observateur en nous ». Il est nécessaire mais temporaire ; il deviendra à son tour un obstacle à surmonter, mais il n’y a pas d’autre choix.

Alors quelque chose est possible. Lui seul permettra l’arrivée d’un véritable intendant, qui préparera à son tour l’arrivée du Maître.

Mais il faudra remettre de l’ordre dans la maison ;

Il faudra également réparer l’attelage, le réorganiser, l’harmoniser.

Alors seulement le maître pourra, peut-être, revenir à sa juste place et conduire l’attelage. Conduire la maison.

Swami Prajnanpad, fondateur de l’Adhyatma-yoga et maître d’Arnauds Desjardins, représentant de cette voie en France, et ancien élèves des groupes Gurdjieff, enseignait essentiellement la voie de la transcendance à ses élèves indiens.

A la suite de l’attrait des occidentaux pour les philosophies orientales, il a commencé à recevoir de plus en plus de disciples occidentaux.

Et il s’est rendu compte d’une chose : les élèves occidentaux et tous complètement déstructurés sur le plan personnel.

Contrairement aux élèves orientaux, plus structurés, les élèves occidentaux ne pouvaient pas pratiquer directement la discipline de l’Adhyatma-Yoga. Ils avaient besoin d’être « réparés ».

Ayant étudié Freud, en perspective avec les diverses traditions hindoues qu’il avait aussi étudiées, il a mis au point des pratiques visant à ré-harmoniser le fonctionnement de la personnalité de ses élèves occidentaux.

Il estimait qu’on ne pouvait pas entreprendre une démarche de transcendance, une démarche spirituelle, si on n’avait pas d’abord une structure saine et équilibrée.

Il le formulait ainsi : « On ne peut pas passer de l’anormal au supranormal sans passer par le normal »

Et c’est aussi le propos de Gurdjieff et de la Quatrième voie, par un travail de ré-harmonisation des 3 centres et par un travail poussé de dissolution des engrammes accumulés depuis l’enfance.

Bien que son application moderne ne s’occupe pas de cette ré-harmonisation des centres, L’Ennégramme des 9 types est un outil inestimable dans ce travail de restructuration de la personnalité.

A mon sens, il doit être remis en perspective dans la Quatrième Voie afin d’inclure un travail plus global sur les 3 centres, leur ré-équilibrage et leur harmonisation de fonctionnement.

Et afin d’inclure un outil qui n’existe pas dans cette approche moderne, ou alors utilisé d’une manière inadéquate ou incomplète, et qui est la pratique phare de la Quatrième Voie et d’un très grand nombre de traditions.

Il ne s’agit pas « d’ajouter » ces pratiques à l’Ennéagramme des 9 types, mais plutôt d’inscrire cette approche des 9 types dans une pratique plus complète et plus globale qui est celle de la Quatrième Voie.

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