Les Voies de Libération

Nous avons vu dans les articles précédents que l’état de l’homme, dont découle l’état de l’humanité, est un état aberré :

  • Son « Être » profond est assoupi, il vit sa vie dans un état « hypnotique », totalement absent à lui-même, se laissant pousser au gré des vents, tout en ayant mis en place des mécanismes de défense, que Gurdjieff appelait « tampons », afin de ne pas voir la réalité de son monde intérieur.
  • Il est constitué de 3 centres totalement désorganisés, lui empêchant tout accès à un état de conscience réalisé et durable.
  • Il n’a pas de Moi unifié, permanent, mais connaît une succession de petits “moi” qui prennent tour à tour le contrôle de l’ensemble.

Mais il existe des remèdes à cette situations, des « voies de libération », qui ont existé depuis l’aube des temps. Des voies de libération de l’« ego » et de retour à l’Essence.

Pour schématiser, nous pouvons dire qu’il existe deux grandes catégories de voies.

Je ne parle pas des mouvances modernes de type « New age », issues en particulier de la théosophie et de ses dérivés, qui sont de plus en plus massivement nombreuses. Il ne s’agit pas d’ici d’« initiation » au sens traditionnel du terme.

Ces voies de Libération exige l’engagement auprès d’un « maître », d’une personne qui a elle-même parcouru le chemin et est à même d’y guider les autres.

Les voies de libération sont donc de deux natures différentes :

– Les voies que l’on pourrait appeler « séculaires », car elles sont « dans le siècle », elles sont organisées, institutionnalisées, souvent hiérarchisées.

Elles sont installées un peu partout et sont visibles, facilement reconnues et facilement accessibles.

Elle sont « pignon sur rue ».

Elle sont très anciennes et existent depuis des décennies voire des millénaires.

Traditions, religions, de l’hindouisme au christianisme, en passant par le bouddhisme, le zen, la maçonnerie (qui était opérative avant de dévier totalement pour devenir un instrument au service du pouvoir), le tantrisme, le taoïsme, etc.

– Les voies « non séculaires ». Elles n’existent pas « dans le monde », sous forme de religions, de traditions institutionnalisées.

Elles ne sont pas organisées, ni même hiérarchisées.

Elles apparaissent à un moment donné, pour un temps donné. Puis elles disparaissent comme elles sont venues.

Elles sont difficiles à trouver, presque inaccessibles,souvent réservées à une certaine « élite ». car il faut faire ses « preuves »pour y entrer.

Elles se manifestent le temps de redonner à l’humanité les principes fondamentaux et les connaissances oubliées, ou déviées.

Les premières, les voies séculaires, sont souvent des reliquats de ces voies ponctuelles plus complètes et plus globales.

Le problème tient à ce que nous avons vu de la loi de 7 (Voir ICI) : tout ce qui se crée (et s’institutionnalise, donc se fige), tend à suivre le déroulement de la loi d’octave, et en raison des moments de « ralentissement », à « dévier » inexorablement. Donc ces voies, une fois organisées et structurées, obéissent à la loi de 7 et se mettent à dévier.

Mais elles ont presque toujours un double aspect, exotérique et ésotérique, et peuvent être « revivifiées » par des « maîtres » qui ont pu retrouver la connexion avec la source vive.

I) Les voies traditionnelles

Dans la profusion de voies de plus en plus nombreuses et avec de multiples ramifications, Gurdjieff nous explique qu’il existe trois grands types de voies de libération accessibles à l’homme communément :

– La voie du « fakir »

– La voie du « moine »

– La voie du « yogi »

Il convient de mettre ces trois grandes voies en relation avec les 3 centres de l’homme. (Article)

Ces voies sont en effet groupées en fonction du centre auquel elles s’adressent. Nous les aborderons en des termes plus éloquents pour notre époque actuelle.

  • La « voie du fakir »

Elle correspond aux voies qui travaillent essentiellement sur le centre moteur : le corps, et ont pour but de développer la volonté

Gurdjieff faisait allusion aux fakirs qui meurtrissaient leur corps pour le soumettre à des pratiques excessivement difficiles, dans le but de fortifier la « volonté ».

La « Volonté » est un attribut de l’Homme Vrai, libéré de ses désirs et volitions personnelles, toujours changeants, toujours contradictoires et polarisés. Cet Homme (au sens large, homme et femme évidemment), a développé une volonté unifiée, libre des aversions et répulsions, et il est capable de suivre une direction fixée sans dévier et sans abandonner, quelles que soient les adversités et les vents contraires.

Certaines voies, même si elles puisent souvent à des pratiques complémentaires d’autres voies, sont souvent centrées sur l’un des 3 aspects de l’homme.

Le hatha-yoga par exemple, même s’il utilise quelques pratiques de respiration et de concentration, est centré sur une pratique corporelle. Sur le corps. Il entre des ce type de voies.

Les Budo, les arts martiaux traditionnels, sont également une voie d’Eveil à part entière, du moins ils l’étaient traditionnellement (Do signifie « Voie »), mais centré sur la maîtrise du corps et de la technique avant tout. C’est le « Bushido », la « voie du guerrier ».

L’émotion et l’intellect sont mis de côté ou secondaires.

  • La « voie du moine »

Centrée sur l’émotion, elle travaille essentiellement sur le centre émotionnel, dans le but de développer l’Être. Mais un pré-requis est nécessaire, la Foi. Sans la Foi, il est impossible de parcourir la voie du moine traditionnelle.

C’est la voie de la dévotion, le « bhakti-yoga ». La répétition de prières, de mantras, l’adoration d’une ou plusieurs divinités, autant de pratiques « cardiaques » qui ont pour but l’embrasement du cœur.

C’est aussi la « voie orphique », la Voie de l’Art au sens ancien du terme. Gurdjieff distingue l’art objectif de l’art subjectif.

Le premier a pour but de retranscrire les lois cosmiques et de créer des états objectifs de conscience. La Voie orphique s’inscrit dans cette recherche de la transcendance.

L’art subjectif consiste en l’expression de notre « personnalité », des nos goûts, émotions, croyances, etc.

L’Art ancien, ou sacré était majoritairement de l’art objectif ; l’art moderne quasi-uniquement de l’art subjectif, à quelques exceptions près.

Le corps et l’intellect ne sont pas prioritaires dans cette voie.

  • La « voie du yogi »

C’est la voie du développement du centre intellectuel. Elle a pour but le développement de tout ce qui a trait à ce centre : connaissance, savoirs, réflexion, mais aussi attention, concentration, méditation.

I

C’est la voie des pratiques de visualisation, de méditation sur les pensées et leur mouvement, mais aussi de l’étude des religions ou de sa tradition.

On recherche essentiellement la connaissance, la compréhension des lois qui régissent le cosmos et l’homme. On espère ainsi se trouvé touché et transformé par cette compréhension et ces connaissances.

La Connaissance véritable est vivante, c’est une connaissance par perception directe, par « re-connaissance ». Co-naissance signifie « naître avec », et elle doit dépasser le simple intellect tout en le contenant.

L’émotion et le corps sont mis de côté, ou ils sont secondaires.

Ces voies traditionnelles exigent, selon Gurdjieff, pour arriver à un plein accomplissement, un « retrait hors du monde ».

C’est évident lorsque l’on observe comment, traditionnellement, ces voies s’organisent : autour de monastères, de couvents pour la voie du moine, autour d’ashrams pour les autres voies.

Toutes les traditions exigent pour les candidats à une réelle libération, un retrait du monde : Bouddhisme, Zen, Bouddhisme tibétain, christianisme, taoïsme.

Les aspirants pratiquaient leur discipline de très nombreuses heures par jour, même toute la journée, dans des condition optimales : entourés de personnes qui faisaient la même chose, dans des lieux dédiés à ces pratiques, avec des horaires aménagés pour cela ;

Et même avec ces conditions optimales, la « réalisation » n’était pas évidente, loin de là. Les pièges sont nombreux et les errances difficiles à éviter.

Aujourd’hui, même si ces lieux subsistent encore, pour le « commun des mortels » ces retraits exigeants hors du monde sont souvent remplacées par des « retraites » ponctuelles qui n’exigent pas un abandon du monde et de sa vie ordinaire. Des « stages » dans des conditions artificielles.

On comprend bien que si la réalisation est très difficile pour des personnes qui passent leur vie entière dans un temple ou un ashram, ces séjours de « retraite » sont plus un ressourcement et une recherche de bienêtre qu’une quête initiatique de Libération, et ne peuvent pas donner les fruits escomptés dans une vie de prière ou de contemplation.

Je pense que prétendre arriver à un tel résultat en pratiquant une séance de yoga ou de méditation par jour, pendant 30 minutes, en mixant avec un peu pleine conscience et un peu de Qi Gong, là où d’autres ‘s’y acharnent 16 heures par jour, est plutôt la preuve d’une grande ignorance du sujet, ou d’un orgueil démesuré. Ce n’est que mon point de vue.

A côté de ces voies séculaires organisées, focalisées sur le développement d’un seul centre, et d’une seule faculté (Volonté, Être ou Connaissance) existe une « Quatrième Voie », non organisée, plus complète.

II) Les voies non séculaires

Il s’agit en réalité d’une voie, qui apparaît, se manifeste quelques temps, puis disparaît, pour resurgir plus tard sous une autre forme et un autre nom ;

C’est la Gnose originelle, la Tradition primordiale.

Elle obéit aux mêmes lois, mais elle s’adapte aux temps, aux lieux, aux personnes.

C’est une voie vivante qui demande à être trouvée.

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On la retrouve sous différentes formes :

dans l’Antiquité, chez certaines écoles de pensées grecques, par exemple le stoïcisme ;

– au sein de diverses Traditions : tantrisme, taoïsme, dans leurs branches ésotériques ou alchimiques ;

– dans le Chan chinois, toujours dans ses branches ésotériques ;

– dans l’Initiation Templière, etc.

– la Kabbale

Elles se manifeste sous formes d’« »écoles », comme l’école pythagoricienne, comme les « écoles des Mystères ».

La dernière manifestation connue est la Quatrième Voie, par opposition aux 3 voies traditionnelles et séculaires.

La plupart du temps, ces manifestations de cette Voie atemporelle sont élitistes. Il faut les trouver, et c’est plutôt une tâche extrêmement difficile qui sépare les enfants des adultes, les aspirants sincères, motivés, voire prédestinés, des autres.

Une fois l’école trouvée, l’aspirant est testé, mis à l’épreuve. Il n’est pas forcément accepté ;

La « Quatrième Voie » a une particularité : elle est ouverte à tous. Elle prend les aspirants là où ils se trouvent, à condition qu’ils aient été « trouvés » par la Quatrième Voie.

La compréhension de la structure de l’homme, et de sa désorganisation permet de mettre au point des procédés pour réorganiser les trois centres et rétablir une fonctionnement harmonieux entre ces centres.

Non seulement les trois voies traditionnelles ne travaillent que sur un centre privilégié, mais en plus elles ne cherchent pas à permettre des reconnexions entre ces centres, a rétablir ce fonctionnement harmonieux.

On peut même déduire que, les humains, qui ont toujours un centre plus développé que les autres, vont spontanément être attirés par la voie qui correspond à ce centre sur-développé. Ils vont ainsi accentuer le déséquilibre existant.

La Quatrième Voie permet non seulement un travail équilibré sur tous les centres, mais elle permet également une réunification de ces centres et un travail harmonieux. Les autres manifestations de cette Voie originelle exigent de l’aspirant qu’il soit déjà équilibré, qu’il soit prêt pour le véritable chemin initiatique.

A l’instar de Swami Prajnanpad dans la voie qui est la sienne, une « voie du yogi », (voir l’article précédent), la Quatrième Voie accompagne cette restructuration et cette ré-harmonisation.

Elle n’est pas pour autant « facile » à arpenter, au contraire, et très nombreux sont ceux qui abandonnent en cours de route.

La Quatrième Voie n’exige pas un retrait hors du monde. Au contraire, elle exige une vie « dans le monde, mais sans être du monde », utilisant les très nombreuses « frictions » issues de notre vie avec les autres, dans le quotidien de la vie moderne.

Ces « frictions » ne sont pas évitées, au contraire, elles sont recherchées pour leur effet transformateur sur la conscience, sur le facteur de « réveil » qu’elle apportent.

Être dans le monde sans s’y identifier est une gageure, c’est presque impossible, mais grâce à un travail en groupe et à l’accompagnement d’un instructeur authentique, progressivement, nous développons les outils et les aptitudes nécessaires, qu’il nous faut obligatoirement confronter au monde pour les renforcer.

L’un de ces outils, le plus primordial, consiste en un état de conscience et d’attention différent au cours de nos activités quotidiennes.

Le Travail se fait en groupe, car “seul, un homme ne peut rien“, selon Gurdjieff, et l’effort demandé est tel que seul, on abandonne instantanément, alors que le groupe nous porte et nous insuffle l’énergie dont nous manquons cruellement au début. Il se substitue à notre Volonté défaillante.

Les conditions « hors du monde » des voies traditionnelles ou des stages et retraites modernes, sont des conditions artificielles. Elles permettent de toucher des états supérieurs de conscience, c’est vrai, mais une fois de retour dans le monde, nous redevenons exactement le même qu’avant ces retraites.

Nombreux sont les exemples, par exemple ces moines tibétains envoyés en Occident pour porter le Dharma, et qui se retrouvent fascinés par la télévision, abandonnant leur mission et leurs pratiques, succombant au charme des femmes qui viennent recevoir leur enseignement, etc.

La Quatrième Voie permet d’accomplir l’exhortation du Nouveau Testament : « Vous êtes dans le monde, mais pas du monde » !

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