PREAMBULE: sur l’Ennéagramme des 9 types

Pour comprendre en profondeur ce que je vais préciser, il est nécessaire d’avoir lu auparavant les articles concernant la distinction entre « Essence » et « personnalité », ainsi que les mécanismes de fixation dans un type : comment ? Pourquoi ?

Avant d’entrer dans la description des types, il me faut préciser quelques généralités quant à la compréhension de l’Ennéagramme et des ennéatypes, et également quant à mon approche personnelle.

  • Tout d’abord connaître le fonctionnement de chaque type et ce qui l’anime doit nous amener à plus de compréhension, voire de compassion envers nous-mêmes et envers les autres.

Je comprends que je ne suis pas responsable de mon mode de fonctionnement, et que les autres ne sont pas responsables de leur mode de fonctionnement et de réaction.

Par exemple, en tant que 9, réprouvant les conflits, je peux éprouver une vive antipathie envers un type 8, qui se nourrit du conflit, surtout s’il est dans des niveaux « dégradés » du type (nous y reviendrons). Mais si je comprends pourquoi il est devenu un type 8, quelle blessure profonde il tente de dissimuler, je vais le voir sous un autre angle, je vais comprendre le fond de son mécanismes, et si j’arrive à sortir de mon schéma habituel, je vais me donner la possibilité de le voir autrement.

  • Mieux, si je suis dans une démarche d’évolution, je connais la problématique de mon type 9, je sais que je vais fuir les conflits parce qu’ils me renvoient à ma propre blessure, et je comprends que j’ai besoin des bousculades d’un type 8 pour avancer.

L’un des aphorismes affichés au « study house » du prieuré d’Avon, près de Fontainebleau, lieu où M, Gurdjieff a enseigné, était :

« Rappelle-toi que tu es venu ici pour travailler sur toi-même, et remercie quiconque t’en donne l’occasion ».

G.I.Gurdjieff

Personnellement, j’ai la conviction que « Les amis de ma personnalité sont les ennemis de mon essence ; les ennemis de ma personnalité sont les amis de mon Essence ». (voir Article)

Les personnes et les situations qui vont me réconforter dans mes mécanismes, vers qui je vais donc spontanément aller, ou plutôt automatiquement, mécaniquement, sont celles qui vont entretenir mon mécanisme. Elles contribuent à me laisser « dormir en paix », et je vais rester dans ma zone de confort.

Les personnes et les situations que je vais fuir sont celles qui, au contraire, vont me faire sortir de ma zone de confort et vont me permettre de voir des choses de moi-même que je passe mon temps à éviter, à occulter.

C’est tout le problème du mécanisme d’« attraction / répulsion ». Gurdjieff expliquait que l’un des gros obstacles à l’évolution est ce « j’aime / je n’aime pas » qui dirige ma vie.

La « Première Libération », titre d’une livre de John G, Bennet1, consiste à se libérer de ce mécanisme. Sans quoi je ne peux pas sortir du rêve dans lequel ma conscience est plongée. Car tous mes efforts consistent en réalité à éviter de sortir de ce rêve, par tout une série de mécanismes de défense que j’ai mis en place dans mon jeune âge, et qui se sont renforcés avec le temps.

Donc si on suit l’idée que je viens d’énoncer, on comprend bien que la voie de l’Ennéagramme ne consiste pas à coller une étiquette et s’en satisfaire. Non. Il s’agit de comprendre nos problématiques, nos peurs, nos blessures, pour aller à leur rencontre. Alors qu’en réalité, je fais TOUT pour les éviter.

Ce n’est pas une promenade de santé, c’est une voie ardue, difficile, éprouvante. Alchimiquement, la Quatrième Voie est une « voie sèche », directe. C’est la voie abrupte.

Avant d’en arriver là, l’Ennéagramme est un outil extraordinaire pour nous observer nous-mêmes dans notre quotidien. L’Observation de soi est une pratique fondamentale de la Quatrième Voie. C’est le point de départ du Travail.

Et l’Ennéagramme des 9 types nous fournit un matériel incomparable pour cela.

Mais il reste à comprendre ce qu’est l’observation véritable. Il ne s’agit pas d’analyse. Il ne s’agit pas d’une introspection. Il ne s’agit pas d’une observation après-coup.

Il s’agit d’une observation fulgurante, une vision instantanée de soi-même, profonde, lumineuse, qui émane d’un autre espace en nous. Elle exige un état de conscience non ordinaire : le Rappel de soi. Elle exige de ne pas juger, commenter, analyser, rejeter ce qui est observé.

En fait, il ne s’agit pas de la comprendre au sens ordinaire : il faut l’éprouver.

Voilà ce qu’est l’Observation de soi réelle. Et elle est véritablement et profondément transformatrice.

M

Dans le « Préambule : avertissement éthique », je précise que l’Ennéagramme est un outil. Ce n’est pas une caractérologie, une typologie, c’est une figure vivante et dynamique qui met en lumière les dynamismes profonds de l’âme humaine, son errance, et ses possibilités d’évolution. J’expliquais qu’il s’agit d’un outil, et qu’en tant que tel, il doit être utilisé.

Voilà donc l’un des exemples d’utilisation de l’Ennéagramme.

  • Concernant la présentation, j’ai choisi de respecter la tradition d’origine de l’Ennéagramme des 9 types qui consiste à ne pas donner de nom aux types, mais de me contenter des numéros.

Les noms sont souvent connotés, et peuvent orienter dans une mauvaise direction celui qui aspire à découvrir son type, soit parce qu’il est attiré par un nom qui reflète une qualité qu’il aime bien, soit au contraire le qualificatif du type qui lui correspond le repousse.

Les nominations sont aussi réductrices, elles ne recouvrent qu’une petite partie des qualités et caractéristiques du type.

  • Autre point : une description générale du type est forcément biaisée, chaque 9, par exemple, est différent, et certaines généralités vont lui correspondre, tandis que dans d’autres, il ne se reconnaîtra pas. Les ailes rentrent en ligne de compte, le soustype, mais aussi l’éducation reçue, les évènements de l’histoire, les mécanismes d’adaptation mis en place. Sans compter les niveaux d’évolution au sein d’un type.

Tout cela colore l’expérience du 9 en question, et va le rendre très différent d’un autre 9. Mais ce qui reste fixe et ne bouge pas tout au long de la vie, c’est la motivation profonde, la compulsion de base qui va tout faire pour nous protéger de la rencontre avec notre blessure originelle. Quels que soient les ailes, les sous-types, les mécanismes d’adaptation acquis ultérieurement, ils tournent tous autour de cette fixation de base, cette compulsion primaire, et tous les 9 auront la même compulsion en commun. Tous les 8, aussi différents soient-ils, auront une même compulsion en commun, etc.

  • L’Ennéagramme ne donne pas des grilles de lecture du comportement, mais met en lumière les mécanismes profonds, les motivations premières qui sous-tendent ces comportements, et qui vont donc fatalement donner lieu à un spectre commun d’attitudes, de mécanismes de défense, de comportements visibles. Mais l’essentiel reste la source profonde de ces comportements.

Et quels que soient les masques que j’ai pu revêtir, les comportements de défense que j’ai pu mettre en place pour tamiser, dans certaines situations connues, ces problématiques, ce sont toujours elles qui vont dicter et orienter ma vie.

Il suffit que je me retrouve dans une situation nouvelle, déstabilisante pour que tous mes vieux schémas que je croyais oubliés remontent à la surface avec une telle force, qu’elle m’amène à répéter les comportements que je croyais avoir dépassés.

C’est parce que malgré des adaptations de la personnalité à certains schémas, la fixation de base demeure ; et avec elle ma compulsion de base. Le « noyau dur » de ma personnalité subsiste.

Et il subsiste tant que je ne l’ai pas « traversé », et donc tant que je ne l’ai pas affronté, pour retrouver la connexion, durable, avec l’Essence, cette princesse endormie, cette « Belle au bois dormant », mais dont la tour est protégé par un dragon terrifiant : le noyau dur. La blessure originelle, que je n’ai pas pu affronter enfant, car cela était bien trop violent pour ma conscience, insupportable.

Mais il va falloir que je l’affronte à nouveau si je veux me libérer de cette compulsion, si je veux une transformation durable et définitive. Si je veux vivre ma vie à partir de l’Essence et non de cette fixation.

Et c’est tout le propos de l’Ennéagramme, si on sait comment cheminer. On voit alors que c’est très loin d’être une manière de gérer ses relations à soi-même, ses relations personnelles, ou professionnelles ; il nous invite à une transformation radicale, un changement profond de perspective, il nous propose un chemin d’évolution qui va à l’encontre de notre fonctionnement habituel ; et cela est difficile, très difficile.

Et pour cela, il va falloir affronter nos zones d’ombre, progressivement mais sûrement, sans rester bloqué dans l’une de ces zones, sans attendre un « bien-être », une tranquillité. Pas dans l’immédiat. Même si de tels moments de paix profonde vont forcément émerger de plus en plus au fur et à mesure que j’avance.

Jésus a dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée ».

C’est « l’oeuvre au noir » de l’Alchimie opérative.

C’est pour cela que « Les amis de ma personnalité sont les ennemis de mon essence ; les ennemis de ma personnalité sont les amis de mon Essence »

Les personnes et les situations qui me bousculent dans mes retranchements vont être ceux qui me donnent une possibilité de rencontrer ces zones d’ombre, mais une possibilité seulement, car trois options s’offrent à moi :

fuir ces situations, m’extraire physiquement ou me retrancher intérieurement ;

ne pas les fuir et développer des mécanismes d’adaptation, ou justifier les comportements ;

tomber dans mes mécanismes habituels de compensation ;

– ne pas les fuir mais s’en servir comme support pour m’observer moi-même, sans complaisance, sans les mensonges habituels que je me raconte : avec courage et lucidité ;

Seule cette dernière possibilité est transformatrice. Si j’aborde l’Ennéagramme sous cet angle, alors une réelle évolution est possible, en tout cas un germe d’évolution, une impulsion.

Les autres « choix » ne font que nourrir et renforcer ma fixation.

Pour un Travail approfondi mené jusqu’à son terme, je suis entièrement convaincu qu’un travail en groupe est indispensable. Le groupe me donne la motivation nécessaire pour entreprendre les efforts requis, il me donne l’énergie et la volonté qui me manquent au début de ce chemin.

Il me sert de miroir et ce jeu de miroir est indispensable pour évoluer.

Ce groupe doit être accompagné par une personne qui a elle-même cheminé sur cette voie abrupte, en connaît les pièges, les errances, les risques, et surtout a elle-même traversé le noyau dur de sa fixation. A affronté le « dragon », après s’être préparée pour.

Et je suis convaincu que cheminer sur l’Ennéagramme en dehors de la Quatrième Voie est très risqué. L’outil principal de cette évolution, le « Rappel de soi », est absolument indispensable pour pratiquer une observation de soi correcte, qui risque sinon de n’être qu’un outil de plus pour nourri l’identification au « moi ».

Et je ne suis pas sûr que les groupes autour de l’Ennéagramme aient compris l’enjeu de cette pratique, et rarissimes sont ceux qui comprennent de quoi il s’agit.

La transformation intérieure profonde et réelle ne peut venir que d’un état non ordinaire de conscience, un état particulier de « conscience de soi », et cet état est le rappel de soi.

Cet état est très difficile à trouver, et une fois trouvé, il est excessivement difficile à maintenir. C’est pourtant la pierre angulaire de tout ce cheminement.

C’est pourquoi sans ce « rappel de soi », tout travail même sur un outil aussi formidable que l’Ennéagramme risque de rester stérile. Le « Rappel » est ce qui féconde la pratique de l’Ennéagramme.

Et il ne peut être donné sur un blog, ou un livre, c’est un outil vivant qui ne peut être transmis que pas à pas…, d’« âme à âme »

1Elève de Gurdjieff, et son représentant en Angleterre

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