Ennéagramme et Parentalité: Principes Généraux

L’utilisation de l’Ennéagramme pour l’éducation des enfants est un point qui me tient particulièrement à coeur !

Pour comprendre pourquoi, je vous renvoie en premier lieu aux articles sur « La fixation dans un type : Comment ? Pourquoi ? »

Et particulièrement sur le premier de la série, ici.

Nous aborderons dans une première partie la question de fond sur l’Ennéagramme et l’éducation, puis dans une seconde, les principes généraux qui doivent nous guider dans l’accompagnement des enfants dont nous avons la charge, en tant que parent, éducateur, enseignant, ou même en tant que tante, oncle, etc.

I) Ennéagramme et éducation : le fond de la question

M. Gurdjieff, fondateur de la « Quatrième Voie » est le père de la figure de l’Ennéagramme en Occident. Il est indéniable que c’est lui qui l’a faite connaître au monde et qu’il n’existe que des traces ou des indices de cette figure avant sa révélation par ce maître hors normes.

Comme je l’explique dans l’article que j’ai mis en lien plus haut, Gurdjieff insiste sur l’état de conscience « aberré » de l’humanité. Un état de conscience hypnotique, somnolent, dans lequel nous sommes « endormis » à nous-mêmes, fixés dans une personnalité pathologique, sans contact avec notre « Essence », notre « être essentiel ». Notre Moi véritable. Et coupé de nos potentialités.

Voir les articles en question, sur l’Essence et la personnalité, pour approfondir ce point crucial.

M. Gurdjieff explique que cela est, en partie, anormal. Les causes sont doubles :

– elles tiennent en premier lieu à notre place dans l’univers. Je l’aborderai dans un article ultérieur sur « le rayon de Création », mais pour simplifier, nous jouons un rôle important, en tant qu’humanité, pour le fonctionnement global de notre système solaire, et notamment en lien avec la transformation d’énergie pour le cosmos. Nous sommes des organes de réception, de transformation et d’émission d’énergie pour le système solaire. Et pour cela, nous devons nous comporter de manière grégaire et automatique. Il est donc « normal » que nous soyons dans cet état de conscience hypnotique.

– mais en même temps, pour respecter l’équilibre et la loi de polarité, nous disposons d’une possibilité de libération par rapport à cet état de conscience et à ses conséquences. Une possibilité seulement.

Et qu’est-ce qui, selon M. Gurdjieff, détermine le « camp » dans lequel nous nous situons. Ce sont les « conditions d’existence et d’éducation », justement.

Il explique, dans « La vie n’est réelle que lorsque Je suis », que l’humanité se sépare en deux « fleuves » lors de l’arrivée à l’âge adulte.

Un fleuve évolutif, qui se dirige vers l’Océan sans limites, et un fleuve involutif, qui plongera dans les abîmes souterrains. Et pour lui, cela a un impact non seulement dans cette vie, mais également et surtout sur le devenir post-mortem de l’homme et de la femme.

Pour lui, les seconds ont ce que n’ont pas les premiers ; une « individualité » propre, permanente, autonome. Qui les distingue de la « masse » des gens qui suivent le mouvement.

Et ce qui différencie les candidats aux deux fleuves, ce sont les conditions d’éducation.

Voir les articles mentionnés en haut, dans lesquels j’avance une piste de réflexion quant aux « conditions anormales d’éducation » qui conduisent au fleuve involutif.

Il est particulièrement intéressant de constater que les auteurs spécialisés dans l’Ennéagramme des 9 types, et qui ont approfondi cet aspect sans connaître le travail de M. Gurdjieff, sont arrivés à une conclusion de manière empirique : il n’existe pas un « bon type » ou un « mauvais type » ; en revanche, dans tous les types, il existe deux catégories de personnes : celles qui évoluent, et celles qui involuent.

Et l’Ennéagramme des 9 types nous donne des critères objectifs qui permettent clairement de savoir si une personne est dans un mécanisme évolutif ou dans un mécanisme involutif. J’aborderai les niveaux de développement au sein d’un type (9 niveaux de développement du plus dégradé au plus évolué), ainsi que les processus de « désintégration » et « d’intégration », qui permettent de mesurer le niveau d’épanouissement d’une personne au sein de son type.

Donc les constats empiriques des accompagnateurs qui connaissent bien l’Ennéagramme et qui ont pu accompagner un grand nombre de personnes et voir des mécanismes concrets à l’œuvre rejoignent la division nette faite par M. Gurdjieff. Certaines personnes « évoluent », et d’autres « involuent ».

Et celles qui « évoluent » le font souvent au prix de grands efforts et de grandes épreuves.

Il faut ajouter que selon ce dernier, la nature, dans sa grande mansuétude à notre égard, a donné la possibilité à ceux qui sont dans le fleuve « involutif », par leurs efforts persévérants, de remonter afin de passer dans le fleuve « évolutif ». Mais cela est beaucoup plus difficile.

Et l’Ennéagramme nous donne justement la clé de ce cheminement à contre-courant.

Mais il peut aussi nous aider à accompagner au mieux les enfants durant ce que M. Gurdjieff appelle « l’âge préparatoire » afin de leur permettre d’entrer dans ce « fleuve évolutif » et de manifester leur potentiel et leur individualité.

Et c’est l’un des objets de ce blog que de contribuer, modestement, à ce qui me semble essentiel et impératif : aider un maximum de personnes à ne pas tomber dans ce fleuve involutif ;

et le cas échéant, faire connaître les moyens de remonter ce fleuve de l’oubli. Car c’est là l’objectif de la « Quatrième Voie » : permettre à chacun d’acquérir cette « individualité » pour laquelle nous nous sommes incarnés.

Alors, comment accompagner au mieux les enfants afin de les inscrire dans une spirale évolutive ?

II) L’accompagnement des enfant selon leur type

Une question non résolue qui se pose est celle de l’origine innée ou acquise du type.

Beaucoup d’auteurs pensent que ce sont les comportements des premiers « gardiens » (parents en général, éducateurs de l’enfant), ou du groupe dans lequel l’enfant évolue qui vont générer son type de fixation.

D’autres estiment que cette sensibilité à un type est innée.

Certains tentent un mix entre les deux.

Autrefois on pensait que l’enfant qui naissait était une « page blanche » que l’on pouvait modeler en fonction de l’éducation qu’on lui apportait, en fonction de nos attentes et objectifs pour lui.

Mais au fur et à mesure de l’avancée de la science, on s’aperçoit qu’un nombre de comportements ou de trait de caractère sont innés : introversion / extraversion, timide / assertif, passif / agressif etc.

Je penche pour la prédominance de l’origine innée du type. Si c’était les conditions d’éducation qui déterminaient le type, vu l’immense variété des situations, on aurait bien plus de 9 types : on aurait une infinité de types.

Or pourquoi 9 types ? Parce que c’est la combinaison de la loi de 3 et de la loi de 7, et qu’elle génère ces 9 aspects de la réalité dans l’âme humaine. Et que nous venons alors avec une sensibilité particulière à l’un de ces 9 angles de perception, ce qui nous rend donc plus vulnérable à l’une des 9 blessures, et qui sera notre filtre d’interprétation des expériences que nous serons amenés à vivre.

Cette question n’est pas tranchée, et ce n’est pas essentiel, car ce qui est sûr, c’est que l’éducation et les conditions de vie dans l’enfance jouent un rôle fondamental sur le degré de fixation dans un type et sur l’évolution au sein de ce type.

Par exemple, un enfant de type 9, qu’il le soit de manière innée ou acquise, va évoluer ou involuer au sein de son type. Une éducation trop destructrice peut l’amener à se retrouver dans les niveaux dégradés du type, jusqu’aux troubles de la personnalité multiple, pathologie particulière du 9.

Pareillement, plus l’éducation est rigide et fermée, ou au contraire trop laxiste, plus l’enfant va se fixer dans sa personnalité et s’oublier lui-même.

En tant que parents, nous devons nous défaire de nos projections et de nos attentes, souvent dépendantes de notre type, pour accompagner l’enfant dans sa sensibilité propre et favoriser son épanouissement.

Pour cela comprendre le type Ennéagramme de son enfant est d’une très grande aide.

Par exemple, un parent de type 8 peut être horrifié d’avoir un enfant de type 9 s’il n’a pas compris l’Ennéagramme et n’a pas connaissance de son type et de celui de son enfant. Il le trouvera « mou », fainéant, et voudra le secouer. Il pourra être dur et dévalorisant, ce qui renforcera la problématique de l’enfant 9.

Inversement un parent 9 sera plus que décontenancé d’avoir un enfant de type 8, risque de manquer de fermeté là où il faut tenir ses positions et d’avoir des explosions de colère à d’autres moments, renforçant la blessure du 8 qui trouvera ces changements d’attitude injustes et se sentira humilié.

Connaître le type de son enfant permet de comprendre son fonctionnement et surtout les peurs et blessures qu’il évite.

Un enfant qui a peur du conflit doit être accompagné de manière radicalement différente d’un enfant qui cherche constamment le conflit. Et il faut savoir pourquoi ! Et comment !

Le but n’est évidemment pas d’enfermer l’enfant dans une « étiquette », critique récurrente de ceux qui n’ont rien compris à l’Ennéagramme. Le but est de comprendre, à travers ses comportements, ses attitudes, les blessures et les peurs de l’enfant, et d’y répondre d’une manière juste.

Il faut savoir que l’enfant n’est pas limité dans un type : il passe souvent d’un type à l’autre (souvent son type et ses deux ailes) avant de se fixer définitivement à l’âge adulte.

Chez les enfants, on parle plus de tendances que de types. On parle de type une fois adulte, et quand chacun l’a personnellement identifié.

Une fois adulte, il n’est toujours pas figé, car il va développer une aile jusqu’à un certain âge, puis souvent une deuxième aile ensuite. Il peut évoluer dans son type d’épanouissement et manifester les qualités de ce type (en plus du sien), ou il peut se « dégrader » dans son type de désintégration, en cas de stress ou de mouvement involutif.

De plus, même fixé,le type va se nuancer tout au long de la vie, avec le développement des ailes, avec les mouvements d’intégration et désintégration, mais aussi avec le développement d’autres qualités des types secondaires que l’on porte en nous, car nous portons en fait tous les types. En revanche, ce qui ne change jamais, c’est le type de base et la peur fondamentale, la blessure originelle, qui guident nos actions, et autour desquelles ces nuances et ces développements vont se structurer.

En gros, nos comportements extérieurs, nos attitudes peuvent se modifier, mais la racine qui les dirige, elle, ne change pas, à moins d’entreprendre un travail en ce sens.

Donc de ce point de vue, il n’y a pas une « bonne manière » d’élever son enfant. On pourrait dire qu’il y a 9 manières, qui tournent autour de 9 grandes « caractéristiques », 9 schémas comportementaux structurels.

Il nous faut comprendre que notre propre type colore notre perception de nos enfants. Connaître notre type et le leur nous permet de relativiser nos attentes et nos réactions face à leur comportement, et d’aller les rencontrer là où ils sont, sans le filtre de notre fonctionnement.

Comme le dit Elizabeth Wagele, « appréhender la nature essentielle de l’enfant grâce à une conscience large des différents types et de leurs traits de caractère ».

Ce qui ressort souvent chez les gens qui étudient l’Ennéagramme, et surtout qui s’étudient eux-mêmes grâce à l’Ennéagramme, surtout en groupe, c’est un sentiment de « compréhension » de l’autre et de ses schémas. Des attitudes qui jusque là nous agaçaient chez quelqu’un, trouve leur sens quand il s’exprime en fonction de son type, et on ressent d’un coup de la compassion là où on ressentait incompréhension et agacement.

Quand nous prenons conscience que nous-même sommes poussé par des compulsions inconscientes auxquelles nous ne pouvons pas grand-chose, et qu’on comprend que l’autre fonctionne différemment, obéit aussi à des compulsions, mais d’un autre ordre que nous : on comprend qu’il est fondamentalement différent de nous et on comprend la source de ces comportements. Et c’est un grand soulagement et une ouverture totale vers l’autre dans sa différence.

Et bien avec nos enfants nous devons suivre le même chemin. Nous devons comprendre qu’ils sont fondamentalement différents de nous. Nous devons comprendre qu’il n’y a pas un type meilleur qu’un autre. Nous devons développer les qualités propres de l’enfant, ou plutôt le laisser les développer, les laisser s’épanouir. Développer la confiance et l’acceptation de soi chez eux. Pour cela nous devons comprendre en profondeur son fonctionnement et les causes profondes de ses comportements. Alors nous éprouverons un sentiment de compréhension vis-à-vis d’eux, et ils pourront se sentir compris et acceptés.

Il nous faut leur montrer leurs capacités, leurs qualités, et surtout ne pas nourrir leur peur primaire, leur problématique fondamentale.

Peut-être que ces « il faut » ou « nous devons » peuvent refroidir certaines personnes qui n’aiment pas les « obligations ». Je répondrais alors que dans ce cas, il ne faut pas avoir d’enfant. Dès que nous sommes parents, nous avons des responsabilités et des obligations envers nos enfants, ça tombe sous le sens.

Mais nous devons aussi accepter le fait que nous sommes des humains, et nous ne pouvons nous demander une obligation de résultat, mais simplement de moyens : nous devons faire de notre mieux, et nous n’y arriverons pas à chaque fois.

Mais nous pouvons nous en exprimer auprès de notre enfant, reconnaître que nous avons failli, présenter ses excuses même, et nous montrons alors un très bon exemple : accepter ses faiblesses, ses défauts, les reconnaître et travailler à leur amélioration pour tenter de ne pas blesser autrui.

Par exemple je sais que la violence est à proscrire mais dans un moment de faiblesse, une gifle est partie. Parce que j’étais énervé et que j’ai perdu mon sang-froid. Je peux revenir sur ce geste, expliquer à l’enfant qu’il était injuste, que c’est moi qui ai mal agi parce que j’ai agi sous l’impulsion de la colère. On désamorce ainsi une injustice subie. Cela a un effet réparateur pour l’enfant qui comprend que ce n’est pas lui qui est mauvais, mais l’adulte qui s’est emporté.

Pour moi, l’objectif que nous devons avoir n’est pas d’être parfait et de générer un enfant parfait par une éducation parfaite. Rien de tout cela n’existe, et en même temps tout est intrinsèquement déjà parfait par nature.

Non. L’objectif est de permettre à l’enfant d’entrer dans le fleuve « évolutif », et c’est lui qui sera l’artisan de son épanouissement. Nous pouvons simplement limiter les obstacles à cet épanouissement ( car ce sont les parents qui les génèrent) afin de ne pas l’enfermer dans son type. Ces obstacles sont nécessaires, mais dans une certaine mesure. Voir l’article sur « les conditions anormales d’éducation ».

Et nous savons que pour évoluer dans son type, nous devons aller à la rencontre de ce que nous évitons. C’est difficile mais nous n’avons pas d’autre choix. Et c’est plus facile quand on a commencé tôt.

Donc nous pouvons clairement accompagner nos enfants dans cette voie : les inciter à aller dans les zones qu’ils évitent, en fonction de leur type, mais cela doit se faire très, très progressivement et avec beaucoup de douceur.

Lorsque c’est bien fait, une fois devenus jeunes adultes, ils ont compris leur fonctionnement, ils savent ce qui est bon pour eux, et ils savent que c’est souvent ce qu’ils évitent, et c’est beau de voir un jeune adulte s’épanouir et s’ouvrir à un fonctionnement autre que celui auquel son type le destinait. De le voir dans une spirale évolutive où il se prend en main, ou il n’échappe pas aux épreuves et aux adversités mais sait les transformer pour en ressortir grandi !

Et c’est là notre mission fondamentale en tant que parent ou éducateur : aider l’enfant à impulser cette attitude différente avec la vie et à entrer dans le fleuve évolutif.

Que sa vie soit informée, conduite à partie de l’Essence, du Soi, et non de la personnalité.

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